Par Jean-Philippe Deniau

Affiche de l'exposition consacrée à Landru
Affiche de l'exposition consacrée à Landru © Radio France

A Paris, une exposition retrace le parcours du premier tueur en série français du XXème siècle : Henri Désiré Landru. Le Musée des Lettres et Manuscrits a rassemblé toutes les pièces de la minutieuse enquête qui a conduit à la condamnation à mort de Landru pour l'assassinat de 10 femmes et un homme, dont on ne retrouvera jamais les corps.

Comme c'était souvent le cas à cette époque, c'est grâce à l'acharnement d'un inspecteur de police, Jules Belin, que la liste des victimes que Landru notait scrupuleusement dans son carnet, s'arrêtera à la 11ème ligne. Landru, escroc habile, passionné par les femmes à qui il faisait passer de véritables castings pour les séduire, certaines finiront dans la chaudière, sans qu'on n'ait jamais découvert une preuve formelle de ces crémations. Qui était-il vraiment ? Un personnage assez fascinant, commente la commissaire de cette exposition Estelle Gaudry.

Il y a une expertise du mental de Landru qui est faite par trois experts et qui est très intéressante, parce qu’elle nous montre que Landru est quand même un être intelligent, doté d’une intelligence supérieure à la moyenne, comme ils disent. Et pendant ses entretiens, il va briller par ses réponses. Il connaît l’importance de ces entretiens et se défend en disant ‘suite à ces entretiens, on a dit que j’étais sain d’esprit, mais pour moi, tout ce dont vous m’accusez ne peut être que l’œuvre d’un fou.

Jean-Philippe Deniau : A l’époque, pas d’ADN, donc on n’a jamais retrouvé les corps, finalement ?

Pas d’analyse ADN, pas de corps, pas de cadavre et ce sera d’ailleurs la défense de Moro Giaferi pour son client. Il dira qu’il y a toujours ce doute. »

Le doute allait-il profiter à l'accusé Landru ? Lors du procès, son avocat, de Moro Giaferi va tenter le tout pour le tout pour sauver la tête de son client. Il crie à la salle : « regardez, toutes ces femmes, elles sont en fait dans l'antichambre, là derrière, et elles vont entrer maintenant ». Tous les regards se tournent vers la porte de l'antichambre, qui reste bien entendu fermée. Alors l'avocat reprend : « Vous vous êtes tous retournés, c'est donc que vous doutez encore ». Coup d'éclat de de Moro Giaferi.

Mais l'avocat général réduit son effet à néant : « Tout le monde s'est retourné, Maître, sauf votre client ». Landru sera condamné à mort et exécuté. Estelle Gaudry raconte :

Tout le monde va s’intéresser à cette affaire, à ce personnage fascinant. C’est un contexte particulier : on sort de la Première Guerre Mondiale. Certains journaux ont d’ailleurs, tout au long du procès, titré ‘il n’y a pas d’affaire Landru, c’est l’Etat qui veut nous faire occuper le traité de Versailles et nous occuper avec l’affaire Landru.

Dans le journal Détective , le chroniqueur judiciaire Paul Bringuier s'interrogera sur l'absence de preuve et sur la peine capitale : « Si une seule de ses victimes réapparait un jour, que pèsera le verdict des jurés de Versailles ? », écrit-il.

"Landru, 6h10 par temps clair"

Exposition à découvrir au Musée des Lettres et Manuscrits de Paris j

Jusqu'au 15 septembre 2013

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