Retour sur un procès historique : celui de Klaus Barbie, il y a 30 ans, à Lyon, à travers une exposition au Mémorial de la Shoah à Paris (du 30 mars au 15 octobre).

Le procès de Klaus Barbie est diffusé en 1992 aux Journées de Résistance
Le procès de Klaus Barbie est diffusé en 1992 aux Journées de Résistance © AFP / PASCAL GUYOT

Retour sur un procès historique, celui de Klaus Barbie, il y a 30 ans, à Lyon. C'était le premier procès pour crime contre l'humanité en France, et le premier à être intégralement filmé. Une exposition au Mémorial de la Shoah à Paris retrace ce procès exceptionnel.

C'est une image historique : le 11 mai 1987, Klaus Barbie, l'ancien chef de la Gestapo à Lyon, arrive dans le box. Un procès obtenu grace à la ténacité de Serge et Beate Klarsfeld, qui ont traqué l'ancien nazi jusqu'en Bolivie. Si Barbie déserte le tribunal au bout de 3 jours, les 37 jours d'audience sont avant tout un procès pour l'histoire.Dominique Missika est historienne et commissaire de l'exposition.

"Serge Klarsfeld dit que quand il voit entrer Klaus Barbie menotté dans le box des accusés, pour lui, c'est un rayon de justice. C'est utile de se souvenir, 30 ans après, de ce moment inouï : un ancien nazi, menotté, qui entre dans une salle de cour d'assises."

Klaus Barbie est jugé pour crimes contre l'humanité. Au palais de justice de Lyon, on a construit un prétoire dans la salle des pas perdus, pour accueillir les 107 témoins et experts, les 42 avocats, les journalistes, le public... Le président de ce procès fleuve s'appelait André Cerdini. Agé aujourd'hui de 87 ans, il a donné des documents inédits pour cette exposition.

"J'avais un dossier d'audience, parce que le dossier originel était énorme, il faisait plusieurs mètres de long! Donc je m'étais constitué un dossier avec les éléments essentiels... Voilà, là c'est mon écriture manuscrite... - C'est l'interrogatoire de Barbie sur Izieu? - Oui, j'avais pris des notes, avec les références des pièces."

Le télégramme d'Izieu, pièce à conviction

Parmi les documents exceptionnels exposés pour la première fois, le télégramme par lequel Klaus Barbie informe ses supérieurs de la rafle des enfants juifs de la colonie d'Izieu, dans l'Ain, le 6 avril 44. Karine Taïeb, responsable des archives du Mémorial de la Shoah.

"Le télégramme d'Izieu, c'est un document fondamental, c'est le seul qui porte la signature et le nom de Barbie. Il informe ses supérieurs que 41 enfants - le chiffre est faux, en fait ils sont 44, de 3 à 13 ans - ont été arrêtés à Izieu (NDLR une seule enfant est rentrée vivante de déportation). C'est la pièce maîtresse de l'accusation, sur laquelle, du coup, la défense va se battre, pour essayer de faire valoir que c'est un faux. Une véritable enquête va être menée pour authentifier le document, notamment le type de papier utilisé à l'époque. Du fait de la pénurie de papier, on recyclait tout, et le télégramme est imprimé au verso d'une carte d'état major".

Le télégramme signé par Klaus Barbie, envoyé après la rafle des 44 enfants d’Izieu et conservé au Mémorial de la Shoah
Le télégramme signé par Klaus Barbie, envoyé après la rafle des 44 enfants d’Izieu et conservé au Mémorial de la Shoah © Aucun(e)

C'est l'aller-retour entre les documents écrits et la force intacte de l'enregistrement du procès de 87 qui fait tout l'intérêt de cette exposition. Sabine Zlatin, la directrice de la maison d'Izieu, dépose à la barre, le 27 mai 87.

"Barbie a toujours dit qu'il s'occupait uniquement des résistants et des maquisards; ça veut dire, des ennemis de l'armée allemande. Je demande, les enfants, les 44 enfants, c'était quoi? C'était des résistants? C'était des maquisards? Qu'est ce qu'ils étaient? C'était des innocents!"

Ce témoignage et l'intégralité des 157 heures du procès sont visibles sur place.

Exposition "Le procès Klaus Barbie, Lyon, 1987" au mémorial de la Shoah à Paris, jusqu'au 15 octobre

expo-proces-klaus-barbie.memorialdelashoah.org présente images et ressources autour du procès

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