Lors de cette audience à juge unique, on découvre que la réalité n’est pas toujours le reflet du dossier.

Le palais de justice de Nîmes
Le palais de justice de Nîmes © AFP / BLANCHOT Philippe / hemis.fr

Ce jour-là, dans la grande salle du tribunal correctionnel de Nîmes, six ou sept hommes, tous seuls, se sont disséminés sur les bancs. Seul un couple se tient cote à cote. À l’appel de leur dossier - "dossier numéro 11" - ils entrent tous les deux dans le prétoire.  

Madame, indique le président, vous êtes jugée pour avoir volontairement commis des violences sur monsieur ici présent. Monsieur, vous souhaitez vous constituer partie civile ?

L’homme bougonne : "Je ne demande rien, moi.” 

Bon, je vais donc résumer les faits" reprend le président. "À 20h35, les gendarmes interviennent pour un différent de couple. La personne qui les a appelée c’est vous monsieur.  Vous dites que vous avez reçu un coup de poing au visage, que madame a lancé une tasse à café et une béquille sur vous".  

Il se tourne vers la prévenue : “quand les gendarmes arrivent, vous êtes très alcoolisée, vous hurlez.  Alors, sur votre personnalité :  vous avez 11 mentions à votre casier judiciaire : des faits de rébellion, d’outrages, de vol …. un autre outrage.  Qu’est-ce que vous faites aujourd’hui? Vous travaillez ?”  - "Non, j’ai été opérée de l’aorte il y a un an." - "Et du côté de l’alcool, vous vous êtes calmée?"  - "Oui, on a arrêté tous les deux en février". - “Pas d’autres questions ? Monsieur le procureur, vous avez la parole pour vos réquisitions” - “Je vous le dis madame : en voyant votre casier judiciaire, je crois que vous êtes une femme d’exception. C’est pas tous les jours qu’on voit une femme avec 11 condamnations pour des faits d’outrage, de rébellion. Vous avez du caractère !  Bien entendu, les violences conjugales, ce sont 99% de femmes victimes. Mais là, il semblerait qu’il s’agisse d’une chamaillerie sur fond d’alcool. Monsieur le président, je vous propose 600 euros d’amende assortis d’un sursis.” 

Le président prend note, invite la défense à plaider. “Ma cliente a été SDF” plaide son avocate. “Elle a du survivre. Et la loi de la rue est particulièrement violente pour une femme. Depuis sept ans maintenant, elle s’est stabilisée, elle est en couple avec monsieur. Et monsieur a le même penchant pour la boisson qu’elle. Mais depuis plusieurs semaines, il n’y a plus d’alcool.”  La décision est mise en délibéré. 

"Ce n'est pas quelqu'un qui va essayer de tuer"

Place au dossier suivant.  Le dossier numéro 28 est en l’occurrence un homme de 36 ans, lunettes, veste noire, les mains nouées derrière le dos.   “Vous comparaissez, monsieur, pour des faits de violences avec menace d’une arme, en l’espèce un véhicule Seat Leon le 23 octobre 2017 à Sommières” indique le président. “Ce jour là, Nino, 13 ans, se présente à la gendarmerie et explique qu’un individu aurait tenté de l’écraser alors qu’il traversait un passage piéton.  Il précise que le conducteur de la voiture n’était autre que l’ex-compagnon de sa mère. La mère a expliqué qu’elle avait des problèmes avec vous. Vous la menaceriez régulièrement. Mais vous ne reconnaissez pas les faits, c’est ça ?” 

C’est le fruit de son imagination", répond calmement le prévenu. “Ces gens-là m’ont agressé devant ma petite dernière de 4 ans. Il m’ont crevé l’œil. Il est mort à 100%.  Ils ont agressé ma mère, ils ont fait des menaces de mort. Ils ont explosé ma voiture.”  “Sur votre casier judiciaire, il y a quand même 10 condamnations”, indique le président : “violences sur personnes dépositaires de l’autorité publique en 2003, outrages, infractions routières, menaces de mort, violences en réunion. 

Certes il a un lourd casier, reconnaît son avocate, mais c’est un père de trois enfants dont il a la garde. C’est pas quelqu’un qui va essayer de tuer. Et puis, la victime n’est pas présente, il faut en tirer toutes les conséquences. Vous n’avez qu’un procès-verbal d’un enfant de 13 ans qui a manifestement été influencé par sa mère. D’autant que sa voiture n’était plus en état de fonctionner ce jour-là.  Alors il est amer d’être là aujourd’hui devant vous alors que lui pour ses plaintes à lui pour les violences dont il a été victime, il ne se passe rien.”   

Le président acquiesce :  _je n’ai pas besoin de délibérer plus avant. Je vais vous relaxer des faits qui vous étaient reprochés_. Aurevoir monsieur”.

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