Laure Beccuau est aujourd'hui installée au poste de procureure de Paris, et devient ainsi la première femme à occuper ce poste. Symbole de la laborieuse ascension des femmes dans la magistrature.

Laure Beccuau est aujourd'hui installée au poste de procureure de Paris, et devient ainsi la première femme à occuper ce poste
Laure Beccuau est aujourd'hui installée au poste de procureure de Paris, et devient ainsi la première femme à occuper ce poste © AFP / Thomas SAMSON

par Jean-Philippe Deniau, chef du service Police-Justice 

Tout à commencé le 11 avril 1946, quand une loi portée par le ministre de la justice de de Gaulle Pierre-Henri Teitgen dispose que "tout Français, de l'un ou l'autre sexe, peut accéder à la magistrature".

Charlotte Béquignon-Lagarde, qui était déjà la première femme docteur en droit privé - grâce à une autorisation spéciale de son mari - devient ainsi la première magistrate. Elle officiera à la cour de cassation et partira à la retraite en 1965 sans qu'aucune autre femme n'ait été nommée entre temps dans la haute juridiction. 

Aujourd'hui, les magistrates ont peu à peu effacé les hommes

Elles représentent les deux tiers des effectifs en France et même les trois quarts des promotions de l’École Nationale de la Magistrature. A tel point que l'école cherche désormais des solutions pour davantage attirer les hommes. Car il y a trop de femmes ! Dans les fonctions de base en tout cas. 

Mais comme c'est souvent le cas dans le monde de l'entreprise, elles apparaissent encore minoritaires dans les postes à responsabilité.

Car pour progresser dans la magistrature, il faut bouger, il faut demander à changer de juridiction tous les cinq ou six ans pour prendre du grade. Et ainsi, les femmes qui souhaitent avoir des enfants sont pénalisées. 

Gwenola Joly-Coz, première présidente de la cour d'appel de Poitiers et fondatrice de l'association "Femmes de Justice", constate que "les femmes sortent de l'école de la magistrature dans la décennie du bébé, et 10 ans plus tard, quand elles abordent la quarantaine et que les enfants grandissent, on leur dit de repartir de zéro". 

Aujourd'hui, la parité est tout de même atteinte dans les hautes fonctions du siège 

81 des 168 tribunaux judiciaires de France sont aujourd'hui présidés par des femmes. Mais dans les fonctions du parquet, seules un tiers des procureurs sont des femmes. Parce que procureur est une fonction exigeante : il faut diriger une équipe, assurer les permanences souvent tard le soir et le week-end, représenter l'institution judiciaire dans les instances locales, communiquer... les journées de travail explosent et cette fonction dissuade encore trop souvent les femmes. 

D'ailleurs, pour les 36 cours d'appel françaises, il n'y a que 12 femmes procureures générales, l'une d'entre elles a récemment constaté qu'elle avait un point commun avec presque toutes ses collègues procureures générales : de ne pas avoir d'enfants, comme si ça demeurait aujourd'hui encore une condition pour réussir à évoluer dans la magistrature. 

Les magistrates sont désormais nombreuses à réclamer pour elles, mais aussi pour les hommes, que l'institution abandonne cette règle de la mobilité géographique imposée, parce que l'on n'est pas forcément un mauvais magistrat si on reste longtemps dans la même juridiction. 

Aujourd'hui, c'est donc une femme qui va être officiellement installée procureure de Paris pour la première fois. Symboliquement, l'audience se déroule dans la salle "Béquignon-Lagarde" du tribunal judiciaire. L'occasion de constater qu'il reste encore des hautes fonctions qu'aucune femme n'a jamais occupées dans la magistrature comme inspecteur général de la justice ou procureur général près la cour de cassation.