En apparence agent modèle de la DGSI, Christophe, connu sous le pseudonyme "Haurus", fournissait illégalement des informations de la police contre rétribution. Son procès avait lieu à Nanterre.

Une salle d'audience du tribunal de Nanterre
Une salle d'audience du tribunal de Nanterre © AFP / ALAIN JOCARD

A Nanterre dans les Hauts-de-Seine, le tribunal se penchait cette semaine sur la dérive sidérante d’un agent de la prestigieuse direction générale de la sécurité intérieure, la DGSI. Depuis son bureau à Levallois, sous le pseudonyme "HAURUS", ce policier vendait sur l’internet illégal, le "dark net", des informations confidentielles et privées par centaines, selon l’accusation… pour son propre compte. La procureure a requis ce jeudi 17 juin 7 ans de prison. Le jugement a été mis en délibéré au 22 juillet. 

En apparence, c’était un agent modèle. Ce fils de gendarme, expert de la lutte antiterroriste, était capable de remonter les adresses internet cachées de vidéos d’exécution djihadistes. C’est dans cette pratique professionnelle, explique Christophe alias Haurus, à la barre, qu’il découvre ces plateformes royaumes de la contrebande : armes, drogue, faussaires en tout genre. Ceux qui naviguent ici valsent avec les bitcoins, argent virtuel si facile à empocher en 2017. Et c’est justement ce qui manque à Haurus. Déjà surendetté, il vient de rencontrer son compagnon, encore étudiant, et il veut visiblement lui offrir la belle vie.

Jusqu’à sa chute en 2018, jusqu’à selon ses propres mots "perdre pied avec la réalité". L’agent profite manifestement de l’absence de contrôle interne. Il fait de la tricoche 2.0 sur l’internet illégal. La tricoche, c’est cette vieille pratique policière qui consiste à consulter illégalement les fichiers de la police et de l’administration pour dépanner un ami, un proche et parfois contre rétribution. Certaines données sont particulièrement prisées : des renseignements fiscaux, une identité et une adresse liées à une plaque d’immatriculation… 

La présidente du tribunal, Sophie-Hélène Château, demande à Haurus s’il vérifiait un minimum à qui il vendait les données recueillies : "Madame la présidente, je n’ai pas voulu savoir"

Les clients suspects d’Haurus sur le "dark net"

Parmi les visiteurs de la boutique virtuelle créée par Haurus, on trouve  jojodelavégas, chouchou93 ou encore bidule7575. Et derrière ces avatars se cachent un faussaire, un détective privé, un membre présumé du grand banditisme marseillais, tous identifiés et jugés cette semaine aux côtés d’Haurus- même si Bidule7575 par exemple court toujours, impossible de le tracer selon les enquêteurs. Il ou elle cherchait des informations sur l’une des victimes présumées pour viol de l’islamologue Tarik Ramadan. 

"Mais si c'étaient des terroristes ?" poursuit la présidente qui ne lâche pas Haurus. "Madame la présidente, si j’avais commencé à me poser des questions morales, je ne l’aurais pas fait…"

"Et pour Marseille ?" A Marseille, un intermédiaire a acheté plusieurs renseignements à Haurus. A 5 reprises, dans les jours ou les semaines qui ont suivi ces achats, il y a eu des assassinats ciblés, des règlements de compte. Ces affaires sont toujours en cours d’instruction.    

"Vous savez", lâche Haurus, "je baignais dans l’idéologie terroriste. Je voyais des vidéos de décapitation tous les jours, alors ce qui se passait à Marseille, les règlements de compte, ça me passait au-dessus".

"On est quand même dans la sidération", lâche la présidente du tribunal. "Combien avez-vous gagné au total ?
- Autour de 30 000 euros" répond le prévenu qui conteste avoir vendu 382 informations confidentielles et illégales. "Parfois, la même demande faisait que je consultais plusieurs fichiers. Ça me prenait 10 minutes le matin, parfois en toute fin de service".

Cette fois, c’est la procureure de Nanterre Catherine Denis qui enchaîne : "Pourtant sur les relevés, on voit 30 minutes là, 48 ce jour-là en plein milieu de votre service, encore 30 minutes" . Et ainsi de suite… 

"Parfois, un ordinateur ça patine...   - Ne me prenez pas pour une imbécile, pour le même individu à Marseille, vous avez fait 15 demandes de fiches !"

Pour sa défense, mais pas sûr que ça soit à décharge, Haurus conclut que si la police ne l’avait pas débusqué sur le dark web, il aurait sans doute continué ses trafics, car c’était devenu une "véritable addiction".