Devant la 23e chambre du tribunal correctionnel de Paris, les audiences en comparution immédiate s’enchaînent. Debout dans le box des prévenus, un jeune homme tente de justifier une course poursuite rocambolesque avec la police.

Voiture de police
Voiture de police © Maxppp / Lionel VADAM

Sur les bancs clairsemés de la salle d’audience, les regards se tournent vers un jeune homme à l’allure soignée, en polo bleu et blanc. Entouré par deux policiers, il arrive de la maison d'arrêt de Fleury-Mérogis où il purge déjà une autre peine. Les deux mains agrippées à la barre, il confirme son identité et son âge : 34 ans. Le président débute alors l’exposé des faits. 

Une nuit, vers 2h et demi du matin,  il est au volant de sa voiture de sport avec une passagère. Il la connait depuis quelques heures à peine, après l’avoir croisée dans un bar où il a bu trois demis de bière avec du sirop de pêche. Il venait de finir de promener son chien, un American staff assis sur la banquette arrière. Le jeune homme roule vite quand une voiture de police banalisée le repère. Elle s’arrête à sa hauteur au niveau d’un feu. 

Les policiers lui font signe mais il redémarre brusquement.  "J'ai eu peur, j’ai vu trois mecs baraqués ! Je ne savais pas qu'ils étaient policiers", explique-t-il à la barre. Sa passagère elle, s'en doute. "Elle dit que vous avez lancé un "Wesh ça va les gars", avant de repartir ", s’étonne le président. "J’ai vu les gyrophares... mais après, dans mon rétroviseur. Je ne me suis pas arrêté parce que j'ai une peur effroyable de la police"

Près de 200 km/h sur le périphérique

La voiture zigzague. Le jeune homme s’engage sur le périphérique. "Vous avez roulé à plus de 180 hm/h", souligne le président. Il écrase des plots en plastique, percute un autre véhicule qui sera projeté sur une dizaine de mètres. Quand la course folle prend fin, le jeune homme est très agité. 

"Au moment où les policiers sortent, vous hurlez, vous délirez même selon votre passagère", Le président de l'audience 

Il faut trois équipes de police pour le maitriser, avec un étranglement, des coups de matraques et un taser. "Il a passé sept minutes plaqué au sol", lance l’avocate de la défense. "Je ne pouvais plus respirer", ajoute le prévenu. Dans l'agitation, son chien sort du véhicule et mord un policier. "Pourquoi n'avait t'il pas de muselière, je vous laisse imaginer l’état de la jambe du policier !", s’agace l'avocat des forces de l’ordre. Le procureur se lève : "c'est assez énervant de vous entendre dire que vous avez une peur effroyable de la police alors que c'est vous qui avez mis en danger la vie des autres.. vous avez pensez à votre passagère, coincée avec un inconnu alcoolisé ?" . "J’étais en détresse", souffle le prévenu... 

Avec son casier judiciaire bien rempli et ses deux séjours en prison, le jeune homme assure avoir fait un gros travail pour se réinsérer. Il cite sa formation d'ambulancier, "j’ai aussi un appartement , une compagne et je revoie mes enfants qui habitent dans le sud". Il est finalement condamné pour refus d’obtempérer et mise en danger de la vie d’autrui. 18 mois de prison. neuf mois avec sursis et neuf mois ferme dont huit avec une surveillance sous bracelet électronique. Son permis de conduire est suspendu.