Jessy Trémoulière et Antoine Dupont, leaders des équipes de France féminine et masculine, sont tous les deux issus du monde agricole. Ils n'hésitent pas à le défendre. Demain soir l’Equipe de France féminine de rugby débute son Tournoi des 6 Nations face au Pays de Galles.

Jessy Trémoulière en février 2020 lors d'un match contre l'Angleterre au stade du Hameau à Pau
Jessy Trémoulière en février 2020 lors d'un match contre l'Angleterre au stade du Hameau à Pau © AFP / GAIZKA IROZ

On a beaucoup parlé ces derniers mois d’une joueuse de cette équipe, Jessy Tremoulière qui évolue au poste d’arrière.  Pas n’importe quelle joueuse. En décembre dernier elle a été élue par le public meilleure joueuse de la décennie  2010. 

Ce qui lui a valu plusieurs papiers dans la presse, passionnée par sa double vie. Jessy est, comme une poignée de ses coéquipières des bleues, semi professionnelle. Un privilège rare dans le rugby féminin. Quand elle ne s’entraine pas avec son club de Romagnat, elle travaille sur la ferme familiale. Nous sommes à Barlières, un hameau de la commune de Bournoncle-Saint-Pierre, en Haute-Loire. « Entrelacs de petites vallées, collines rondes et vertes, routes sinueuses quasi désertes », voilà le paysage que décrit fin février Christian Leconte dans le journal suisse Le Temps. Il est venu sur place juste après l’Equipe Magazine qui début février a mis Jessy à la Une en botte de ferme avec son maillot de l’équipe de France.  

Il y a quelques jours dans le journal de l’Action agricole picarde que j’ai découvert à cette occasion et que je vous recommande, elle racontait son quotidien : « Je me lève vers 6 h 30. Je fais la traite, je nourris les animaux, puis je vais à l’entraînement », entraînements les lundis, mercredis et vendredis, plus deux séances de musculation par semaine. « Après les vêlages, au lieu de les mettre dans la brouette, rigole t’’elle je porte les veaux dans mes bras. Cela ne vaut pas une séance de musculation mais c’est déjà ça ! ». Jessy Trémouliere parle avec une égale maitrise de l’art de la passe sautée et de la vente directe au consommateur. 

Le rugby des villages résiste 

Ces photos de Jessy dans sa ferme en rappellent d'autres. L’an dernier le jeune Antoine Dupont crève l’écran dans le tournoi des 6 Nations. Pour savoir qui se cache derrière le bouillonnant numéro 9 des bleus, les journalistes prennent la route des Hautes Pyrénées, Castelneau Magnoac à la frontiere avec le Gers, 880 âmes, là où il a grandit, où ses grands parents tenaient l’hôtel restaurant du village et où son frère ainé Clément a repris la ferme de leur père. Un élevage de porcs noirs de Bigorre.

La race avait quasiment disparu à la fin des années 80 elle est en train de renaitre, les Dupont n’y sont pas pour rien. Antoine dit qu’aujourd’hui il aurait du mal à vivre à la campagne lui qui habite Toulouse. Mais au printemps dernier il a passé son confinement au milieu des cochons de son frère à donner un coup de main. 

Ces deux histoires, celles d’Antoine et de Jessy, nous disent la permanence de ce qu’on appelle "le rugby des villages", héritage de la 3e République qui a encouragé sa pratique dans le Sud-Ouest auprès des paysans au début du 20e siècle.  Ce qui explique pourquoi de Jean-Pierre Garuet à Yannick Jauzion des dizaines d’internationaux ont eux aussi préparé le Tournoi des 5 puis des 6 Nations à la ferme. Mais leurs engagements traduisent aussi l’air du temps. Jessy Trémouliere plaide pour l’agriculture biologique. Antoine Dupont veut, avec son frère, rouvrir l’hôtel familial pour dynamiser la commune.