L'Euro de football, débuté il y a une semaine, est devenu au fil des jours un champ de bataille politique. Rendez - nous le jeu !

"Il y a une montée de l'agressivité", a déploré le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps
"Il y a une montée de l'agressivité", a déploré le sélectionneur des Bleus Didier Deschamps © AFP / CHRISTIAN CHARISIUS / DPA / dpa Picture-Alliance

C'est parti fort. 18 mai : annonce de la liste de Didier Deschamps. 

Deux polémiques : le retour de Karim Benzema et le choix d’un rappeur, Youssoupha, par la Fédération pour composer une chanson pour les bleus

À chaque fois l’extrême-droite fait feu de tout bois. La semaine dernière, veille de l'Euro, longue interview du Président de la République. "Monsieur le Président, souhaitez-vous comme Didier Deschamps aller au-delà de 2022 ?" Tout cela cela depuis le parc de Clairefontaine, le centre national du football français. Du jamais vu. 

Mais cette semaine la machine s’est emballée. Lundi après-midi, veille de France-Allemagne, à la question : "Allez-vous mettre un genou à terre avant le match pour dénoncer le racisme", Hugo Lloris le capitaine répond "c’est prévu". 

Résultat une polémique. "Je regrette ce geste" taille le Rassemblement National Thierry Mariani. "Ça ne fait pas avancer les choses" pour le Les Républicains Aurélien Pradié. "Contre le racisme on a besoin du mouvement sportif" défend la ministre Roxana Maracineanu. 

Mardi soir finalement  les bleus ne mettent pas genou à terre car dit Hugo Lloris, "si on doit le faire, toutes les nations doivent le faire". Re-polémique : les bleus sont soupçonnés d’avoir cédé aux critiques. 

Quand ils ne sortent pas du caniveau, les débats tombent du ciel 

Mardi soir à Munich, Greenpeace tente de transformer le match en tribune politique. Avant la rencontre un pilote d’ULM survole la pelouse pour dénoncer l’utilisation du pétrole. Mais il heurte un câble. Il est à deux doigts de s’écraser en tribune. L’accident fait 2 blessés. 

Didier Deschamps se réfugie en catastrophe sur son banc. Il déclare : "Il y a une montée de l’agressivité et de la haine".  Il n’est pas au bout de ses peines. Mercredi matin après la victoire des Bleus, le journal l’Equipe titre «  Comme en 18 ». Des historiens, des journalistes dénoncent ce choix.

Ils y voient une référence à 1918 et à la Grande Guerre et non pas à 2018 et le succès de la France au Mondial. Je résume. Cette semaine l’Equipe de France de football a battu l’Allemagne chez elle, dans une grande compétition : une performance majuscule passée au second plan.

Les Français n'ont pas la culture sportive des Anglais

Il y a des raisons qui dépassent la France. Le football sport numéro 1 est un enjeu politique. C’est vrai au Royaume Uni, en Hongrie ou encore en Turquie. C’est vrai aussi en France où l’Equipe de France passionne. 15 millions de téléspectateurs mardi soir, plus forte audience de l’année. Pour les hommes et femmes politiques la tentation est grande de commenter ses moindres faits et gestes. Surtout en pleine campagne électorale.

Surtout quand les journalistes vous invitent pour en parler. Mais il y a aussi une explication qui tient à la culture de notre pays. Nous avons une culture sportive moins affirmée que celles de nos voisins. 

En France pour les élites, pour ceux qui alimentent le débat public le sport n’est pas une matière noble. Conséquence au lieu de débattre du style de l’équipe par exemple (pourquoi sacrifions-nous le panache au résultat ?), ou de disséquer l’exceptionnelle conférence de presse de Kylian Mbappé dimanche dernier, partie de ping-pong avec la presse, nous préférons nous tenir loin du terrain, loin du gazon. 

En apparence c’est plus propre. En apparence seulement.     

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