Et si on l’écoutait un peu plus ce fameux rêveur qui sommeille en nous…

Riad Sattouf et Blutch, Dans tes rêves - 2017
Riad Sattouf et Blutch, Dans tes rêves - 2017 © Radio France / Laurence Garcia

Riad Sattouf et Blutch

Dans tes rêves, y’a un jeune Arabe du futur qui papote avec la petite Esther de la France d’aujourd’hui. Il lui parle de son village en Syrie, des dictateurs méchants qui existent pour de vrai. Elle lui parle de ses potos du collège et des complotistes qui existent pour de vrai sur Facebook.  Ensemble, le jeune Arabe du futur et la Esther d’aujourd’hui tentent de comprendre le mode d’emploi de cette espèce étrange que sont les adultes. L’une le dit en Sms, l’autre en Sos.  Dans tes rêves, tu es prisonnier d’une case avec Lucky Luke, Gaston Lagaffe, Valérian, Astérix, et Barbarella. Et toi, tu es le plus heureux des hommes, au milieu de tes légendes de BD qui se rencontrent pour la première fois dans la même bulle. Grace à toi, la créature a pu échapper à son créateur et à la logique des cases. Dans tes rêves, y’a le pays de ton enfance et celui de l’utopie. Y’a pas de morale à la fin, tout est possible, tu deviens un super héros de la vraie vie. Et si on l’écoutait un peu plus ce fameux rêveur qui sommeille en nous…

Riad Sattouf et Blutch, Diptyque Dans tes rêves - 2017
Riad Sattouf et Blutch, Diptyque Dans tes rêves - 2017 © Radio France / Laurence Garcia

Riad Sattouf 

Riad Sattouf est l’auteur du best-seller international, traduit en vingt langues, L’Arabe du futur (3 tomes parus), des Cahiers d’Esther (2 tomes parus), de Retour au collège, de La Vie secrète des jeunes (3 tomes) et de Pascal Brutal (4 tomes). Il est l’un des seuls dessinateurs de bandes dessinées à avoir gagné à deux reprises le Fauve d’or au festival d’Angoulême (Pascal Brutal 3 en 2010 et L’Arabe du futur 1 en 2015). Il est également cinéaste (Les beaux gosses, César du meilleur premier film ; Jacky au royaume des filles).    

Son dernier Album : Les cahiers d'Esther Volume 3, Histoire de mes 12 ans - Paru le 2 novembre 2017  - Editeur  Allary éditions 

Je m'appelle Esther et j'ai 12 ans. Ce livre contient 52 histoires vraies que j'ai racontées à Riad Sattouf (c'est un dessinateur trop célèbre ami de mon père) pour qu'il en fasse des pages de bandes dessinées en mode « témoignage-humour » sur moi, ma vie, mon univers secret de jeune. Et comme cette année il y a eu des élections présidentielles, je me suis souvent imaginé ce que je ferais si c'était moi qui devenais présidente et je me suis tapé des grosses barres (exemple : la couverture de ce livre, hilarante franchement, à part l'acné qui n'était peut-être pas nécessaire mais bon). Précision : oui j'existe vraiment, mais je garde ma vraie identité secrète (j'aime le mystère).

Blutch

Né à Strasbourg le 27 décembre 1967, Christian Hincker, dit "Blutch", décroche le diplôme d'illustrateur délivré par les Arts décoratifs de sa ville natale. Plus tard, ses dessins orneront les colonnes de ‘Libération', du ‘New Yorker‘ et des ‘Inrockuptibles', signe de réussite dans ce domaine, même si lui se veut avant tout chroniqueur graphique de la vie quotidienne et de ses turpitudes. Ses oeuvres s'apparenteront à des reportages pris sur le vif où des personnages d'un cocasse tragique s'engluent dans le miroir de digressions fantaisistes et fantastiques. 

Il glisse ses premiers péchés de jeunesse en BD dans ‘Fluide glacial' à partir de 1990 et les recueille un peu plus tard dans un album intitulé "Waldo's bar" (Audie, 1992), bientôt suivi par "Mademoiselle Sunnymoon" (Audie, 1993) et par les deux tomes de "Blotch" (Audie, 1999 et 2000). 

Tout en continuant à enrichir régulièrement les sommaires de ce prestigieux magazine d'"Umour et bandessinées", il s'infiltre chez les nombreux petits éditeurs indépendants qui commencent à avoir pignon sur rue. La revue ‘Lapin' accueille les récits qui deviendront "Sunnymoon, tu es malade" (L'Association, 1994). Cornélius publie "La Lettre américaine" (1995), puis "Mitchum" (1996-1999), une série de cinq fascicules. 

L'entrée de Blutch dans le mensuel ‘(À SUIVRE)' en 1996 marque la reconnaissance de son style très particulier, traité dans un noir et blanc vigoureux. Il y propose une large partie de "Peplum", une tragédie homosexuelle inspirée par le Satiricon, de Pétrone, et dont la version intégrale sera proposée en 1997 par Cornélius. Blutch n'hésite plus désormais à aborder des thèmes dérangeants. 

En 1998, il réalise, en collaboration avec Capron, "Rancho Bravo", pour les éditions Audie. Au Seuil, il illustre des textes d'Hortense Dufour ("Charivari", "Melle Noémie"), d'Hans Magnus Enzensberger ("Les Sept Voyages de Pierre") et de Fabio Viscogliosi ("Le Pacha"). On le retrouve également aux éditions Alain Beaulet ("Le cavalier blanc", tome 2), Autrement ("La Présidente", avec Jean-Claude Menu, dans l'album collectif "Noire est la Terre") et Brüsel ("Piccoli"). 

Après avoir utilisé de manière systématique toutes les ressources du noir et blanc, Blutch va, dans "Vitesse moderne" (Dupuis, 2002), moduler ses cases expressionnistes pour bénéficier du soutien de la coloriste Ruby dans un album qui met en scène un Paris proche du fantastique, hanté par des créatures errantes et des silhouettes qu'on jurerait arrachées à la réalité même si elles ne font partie que de ses fantasmes de créateur inclassable. En 2011, Blutch publie "Pour en finir avec le cinéma" (Dargaud), un essai en bande dessinée sur le cinéma, qui démontre, une fois encore, qu'il est un auteur cherchant toujours à repousser ses limites et celles de son art. Un essai poétique, lumineux, ambitieux. Puis vient "Lune l'envers" (Dargaud), un retour à la fiction avec une comédie dramatique troublante et très drôle qui se déroule dans un avenir proche, et dont les personnages évoluent entre pression et responsabilités dans le monde du travail, amour et temps qui passe. Encore un album où Blutch se livre beaucoup, sans concession autre que celle de proposer une expérience de lecture unique. 

La collaboration entre Blutch et Dargaud continue, puisqu'en 2015 sort "Vue sur le lac", un premier recueil de dessins, illustrations, dessins de presse. En 2017 sort le très attendu "Variations" (2017), où Blutch réinterprète les planches des classiques de la bande dessinée qui l'ont marqué.

Son dernier Album : VARIATIONS paru le 13 OCTOBRE 2017 

Les Pieds nickelés, sapés comme des milords, sont reçus chez le marquis de Bouya-Baisse. Madame Yamila, prise d’une vision terrifiante, pousse son célèbre cri (« hiiiiiiiiii ! ») dans Les Sept Boules de cristal. Barbarella félicite le robot Aiktor pour la qualité de ses services (planche mythique), et le Zil Zelub de Buzzelli, tout démantibulé, essaie de rassembler ses abattis en vrac. La jeune Eva fait tourner en bourrique le mâle autosatisfait de Lauzier. La créature de Manara, très nue, semble en mauvaise posture – on le suppute, ça parle italien. Angel Face perd la face dans une locomotive emballée, Goossens salue le Franquin des Idées noires, et Le Petit Cirque de Fred est plus cruel que jamais. Jack Palmer bricole son sens très personnel de l’absurde (planche hilarante), tandis que le couple de Bretécher cultive son enthousiasme dépressif. Etc. 

En musique, la variation est un exercice qui consiste à réinterpréter un thème initial – un standard de jazz, entre autres. C’est ce que fait Blutch dans cet album en « rejouant » trente morceaux de bandes dessinées parmi celles qui l’ont marqué. Il met ses pas dans les pas des anciens (plus ou moins, le plus jeune étant Goossens et le plus ancien Pellos) pour découvrir de nouvelles émotions et tenter de comprendre comment ils ont fait. Jusqu’à quel point bouscule-t-il la planche originale ? Par exemple, un dessin particulièrement expressif de la planche de Lauzier attire l’oeil, et on constate qu’il a été totalement réinventé. Mais peu importe, l’essentiel est dans le plaisir ressenti à voir ressusciter, sous le trait complice de Blutch, des souvenirs plus ou moins nets – chacun retrouve les siens. Pour la plupart, les planches sont sans début ni fin, mais, là aussi, peu importe ce qui venait avant et ce qui est censé venir après : on aime ce mystère, et une vibration est là, qui témoigne d’un amour passionné du dessin dans tous ses états. Fasciné par le talent des autres, Blutch ose s’y frotter (avec humour et humilité), et le résultat est beaucoup plus intéressant qu’un simple hommage ! C’est une réflexion passionnante sur la bande dessinée – Forest serait content, il réfléchissait beaucoup aux possibilités offertes par cet art dit « mineur » – et une magnifique aventure.

Son dernier album : VARIATIONS paru le 13 OCTOBRE 2017  ed Dargaud

La programmation musicale

  • Fever - LA LUPE   
  • Something for your mind - SUPERORGANISM  
  • Bluff - FUTURO PELO
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