Et si on l’écoutait un peu plus ce fameux rêveur qui sommeille en nous…

Dick Annegarn et Alain Rey
Dick Annegarn et Alain Rey © Radio France / Laurence Garcia

Dick Annegarn et Alain Rey

Dans tes rêves, tu es prisonnier des pages d’un dictionnaire, tu tentes d’échapper aux définitions, poursuivi par des mots qui veulent te faire la peau. La fronde est menée par Hasthag, burn out, people et followers. Un vrai cauchemar en anglais. Heureusement, tu es sauvé de justesse par des traits d’union qui te font la courte échelle avec des accents circonflexes. C’est dangereux un dico.

Dans tes rêves, tu parles pataphysique avec un chat à moustache et un bébé éléphant aux pieds d’une montagne bleue. Y’a des paysans et des fantômes dans tes sociétés poétiques. Y’a même Van Gogh et Mao sur un tracteur et tous ensemble, vous cultivez les mauvaises herbes en dansez un twist collectiviste, tout en fumant du géranium sacré qui fait rire.

Dans tes rêves, y’a le pays de ton enfance et celui de l’utopie.

Y’a pas de morale à la fin, tout est possible, tu deviens un autre

Et si on l’écoutait un peu plus ce fameux rêveur qui sommeille en nous…

Dick Annegarn et Alain Rey
Dick Annegarn et Alain Rey © Radio France / Laurence Garcia

Alain Rey

DÉTECTIVE DU LANGAGE

Alain Rey, dès l’enfance, a été fasciné par leur musique et leur image, leur « révolution », il voulut montrer à quel point le évidence et leur étrangeté, leur richesse et souffle des mots anime toute la vie sociale.

Pendant une douzaine d’années, Alain Rey manifesta sur France Inter qu’un mot était toujours révélateur de l’inconscient collectif. Les mots sont des accumulateurs d’énergie, parfois des armes ; il est sain de percer leurs mystères ; Alain Rey aimerait, dans le polar de l’Histoire, jouer les détectives du langage, en français.

La lumière qu’ils projettent sur les choses et les êtres. Par la lecture, un monde illimité se déploie. Ces mots appartiennent à un univers partagé, une langue qui réunit en pensée et en expression les êtres les plus proches, famille, amis, qui relie l’enfant à ceux qu’il aime, et d’abord à sa mère. On ne parle pas pour rien de langue « maternelle ». L’enfant est construit

par sa langue. Tous les francophones ont accès à un univers, à tous les univers humains, car cette langue française peut exprimer par la traduction les autres langues et tous les signes.

Après avoir été balloté par la guerre, d’écoles en lycées, de lycées en universités, à travers la France entière, Alain Rey oscilla entre des études littéraires, en français, en anglais, l’initiation aux sciences politiques, et celles, qui le passionnèrent beaucoup plus, à l’art médiéval et à la musique. Un hasard imprévisible fit se croiser son désir d’explorer les signes de cette langue et le projet d’un jeune avocat algérois, soucieux de donner à la langue française un « nouveau Littré ». Il se nommait Paul Robert, attira Alain Rey à Alger, puis au Maroc, et ce fut l’aventure d’un dictionnaire « alphabétique et analogique » célébrant une langue en mouvement. D’un bricolage inspiré à la recherche d’une façon nouvelle de décrire cette langue dont Albert Camus, cet autre Algérois, disait que c’était sa patrie, Alain Rey, grâce à l’entreprise de Paul Robert, eut la chance de pouvoir « inventer », avec Henri Cottez et Josette Rey-Debove, le Petit Robert, puis un Dictionnaire Culturel et ce Dictionnaire Historique d’un genre nouveau aujourd’hui renouvelé.

Entraîné dans l’immense espace des mots, Alain Rey tenta d’en représenter les enjeux, les richesses, mais aussi les mystères, en contrepoint avec des livres et des articles, certains en hommage à de grands prédécesseurs, comme Antoine Furetière ou Émile Littré.

"Dictionnaire historique de la langue française : l'origine et l'histoire des mots" _racontées par Alain Rey - Paru le 20 octobre 2016- Editeur Le Robert

Histoire détaillée de plus de 50.000 mots français depuis leur apparition dans la langue : les évolutions de forme, de sens et d'usage au cours des siècles, des articles encyclopédiques, 50 schémas pour retrouver la généalogie des mots

Trop fort les mots (France Inter / Milan) - le site

Causa – avec Stéphane Paoli (France Inter / Jean-Claude Lattès) - le site

Dick Annegarn

Dick est twist. Dick est allègre, festif, gourmand.

Cela fait belle lurette que Dick Annegarn n’avait pas livré un album aussi radieux. « Un disque du matin », dit-il. Le matin pour l’élan, le souffle, l’envie, le grand « allons-y » de la joie. Car Twist ne se cache pas d’avoir voulu dire autre chose que ce que soufflent les vents du moment.

Ses nouvelles chansons ont l’humeur légère. Même quand il évoque une noirceur, les pieds bougent et le corps vibre. C’est une affaire de pulsion ; de pulsion de vie.

Certains vous diront « la vie continue » avec un sourire malheureux. Dick Annegarn, quant à lui, fait continuer la vie. Il sait la valeur de la légèreté, du plaisir, de l’ivresse. Quand il parle de cultiver son jardin, ce n’est pas en égoïste derrière une haute haie, mais parce que la paix se construit par la culture, parce que la terreur vise d’abord la légèreté, l’ivresse, le plaisir. Alors il a cultivé une douzaine de chansons qui sentent le soleil et le partage.

Oui, il a choisi de répondre par la pop, par le sourire, par l’envie primale d’un bonheur qui se chante. Il confesse avoir été bouleversé par le « Vous n’aurez pas ma haine » d’Antoine Leiris après le 13 novembre, et il a voulu qu’ils n’aient pas non plus son angoisse, son stress, sa rage. À la place, ce sera Twist, l’album le plus souriant de sa carrière.

Ces chansons lui ressemblent, évidemment, mais elles le montrent tourné tout entier vers une limpide lumière. Avec le temps, on considérait peut-être Dick Annegarn comme un grand échassier riche en proverbes qui tordait sa voix grave en même temps que les vieilles droites euclidiennes de la chanson française. Ce Néerlandais devenu occitan contait le monde à la manière d’un derviche farceur aux énigmes semées de safran, de cumin et d’angélique. Si on voulait le résumer, on ressortait Bruxelles et quelques cartes postales d’un parcours de plus de quarante ans derrière le micro. Et cela avait toujours une couleur de blues chewingumisé par une dolence insolente et forte en gueule – un blues poil-à-gratter, avec des airs de questions de maître zen à son disciple.

Mais, pour cet album, tout est transparent et lumineux dès Roule ma poule, chanson d’ouverture inspirée par ce tracas que l’on voit partout dans le Tiers Monde, lorsque les jeunes gens ne peuvent se marier parce qu’ils n’ont pas de quoi payer une fête de mariage. Annegarn en fait un hymne de garçon vacher à la John Steinbeck, qu’on croirait chanté par un Roy Orbison déshabillé de ses paillettes. Dans ces humeurs, même une chanson triste comme Dur la vie finit par être gaie…

L’album est semé de « chansons anodines avec du fond », comme Au marché des mendiants qui navigue de Marrakech à l’Europe, ou Sanglier qui suit les pistes des chasseurs et des gibiers… On goûte Ma mécène, un superbe portrait de femme, ou Terre, un quasi-documentaire historique sur l’épopée des esclaves naufragés de l’île Tromelin dans l’Océan Indien, ou encore Luxembourg qui évoque les transfrontaliers qui font le ménage dans les bureaux avant que n’y arrivent les salariés de la finance…

Et si l’on cherche la chanson la plus directement liée l’actualité, ce sera Tranquille, manifeste de paix et de vie aux accents olympiens : « Tranquille, la ville épouse le sable / Tranquille, le sable épouse la mer / Tranquille, la mer épouse la terre / Tranquille, la terre repose ».

Avec Philippe Avril à la console, l’album s’est enregistré dans cette tranquillité-là au studio Ferber. Beaucoup de premières prises ont été conservées, tant les chansons étaient en pente douce. « C’est du divertissement, de l’amusement », note Dick Annegarn à leur propos. « Ce n’est pas solfégique, c’est un langage rural. » Autour de lui, des musiciens qui partagent son envie de simplicité, d’élasticité, de rebonds : Jean-Pierre Soules à la trompette, Christophe Cravero au violon et au piano, Olivier Koundouno au violoncelle.

Deux chanteuses sont aussi dans le studio : Céline Languedoc et Faby Medina apportent leur expérience gospel pour quelques beaux exercices de close harmony, notamment dans l’extraordinaire Twist. Cette chanson fait danser et rire, chanter en chœur et sautiller à travers l’histoire des variétés et du folk : « D’ailleurs, le twist n’est pas un mouvement aux racines sociales profondes comme le jazz, le blues ou le rhythm’n’blues. C’est une culture de l’insouciance, du jeu, de la gouaille, de la provocation… »

Enfin, l’ami Raphaël est venu pour un duo avec Dick sur ON2, manifeste à la fois individualiste et solidaire.

Et Twist se fait ainsi heureux, pop et prodigue. Comme un festin où Captain Beefheart croiserait Georges Brassens, où Platon chanterait du Jimmie Rodgers. Et où la vie aurait assez d’éclat pour dissiper les nuages sans même lever les yeux vers eux.

Son nouvel album "Twist" le 18 novembre ( Musique Sauvage / [PIAS]

Son site

Programmation Musicale

"Make the world " - LEE FIELDS

"Twist ensemble" - DICK ANNEGARN

"O vai" - VAITEANI

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.