"Que dit de moi le volatile ?" s'interrogeait-il en feuilletant le numéro chaque mardi soir. Nous explorons les relations tendues et éminemment politiques qu'ils ont entretenues, traduisant au passage les différentes facettes du général, son rapport au pouvoir et à l'information, aussi bien que ses représentations.

Le général de Gaulle à son bureau de l’Elysée lors d’une conférence de presse télévisée, 18 octobre 1962
Le général de Gaulle à son bureau de l’Elysée lors d’une conférence de presse télévisée, 18 octobre 1962 © AFP / AFP

▶︎ En partenariat avec le journal La Croix

Si un journaliste de la télévision ou de la radio présente les informations d'une manière désagréable au gouvernement, vous le mettez au placard. 

- Pierre Lefranc, conseiller technique chargé de l'information à l'Elysée s'adressait à Alain Peyrefitte, ministre de l'information 1962

Même si ce qui reste, c'est bien sûr le géant devant l'histoire, celui qui a eu raison en 1940 et en 1962, le gouvernant de Gaulle était aussi un républicain autoritaire. Ce n'était pas un dictateur, non, simplement, il avait sa part d'ombre. De Gaulle, en 1958, devait nous éviter une guerre civile. Mais quand on considère, comme c'était son cas, que la France est plus importante que les Français, alors bien des atteintes aux libertés individuelles sont possibles

Sous de Gaulle, entre 1958 et 1970, il y avait le journal Le Canard enchaîné, son indépendance absolue, sa tradition républicano-libertaire, ses plumes et ses fusains affutés. Nous sommes allés dans les locaux du célèbre journal, rue Saint-Honoré, à la rencontre du journaliste Claude Angeli, qui y a longtemps travaillé. Il était étudiant communiste dans les années 1950' et, au début des années 1960', avant de devenir journaliste et d'entrer au Canard.

En 1958, quand le général arrive au pouvoir, les journalistes du Canard enchainé s'opposent au général. Le journal divulgue des informations précises qui accréditent la thèse du complot gaulliste pour prendre le pouvoir. Ce sont des journalistes républicains opposés à toute idée de République autoritaire à la solde d'un seul homme. À tel point que, chaque mardi soir, De Gaulle lit le canard et se demande ce qu'il est dit à son sujet. 

Les dessinateurs et journalistes du terrain seront là tous les mercredis, entre 1958 et 1969, pour rappeler aux lecteurs que "mon général" dépeint en Louis XIV, en Napoléon III ans ou en Charles Quint, dénature la République. Pourtant, la presse populaire de l'époque est plutôt gaulliste, hormis l'Humanité et les journaux d'extrême droite. Libération, dans sa version actuelle, ne verra le jour qu'en 1968 et Le Monde balance plutôt du côté anti-gaulliste, proche de Pierre Mendès France, hésite avant de soutenir le retour du général de Gaulle en 1958, pour éviter une guerre civile. Depuis le début, Le canard enchainé est le seul à s'opposer et à traquer la moindre atteinte à la liberté, le moindre coup fourré des gaullistes

Thomas Legrand et la statue du général de Gaulle faite par un dessinateur du journal "Le Canard enchainé", locaux du journal, 2020
Thomas Legrand et la statue du général de Gaulle faite par un dessinateur du journal "Le Canard enchainé", locaux du journal, 2020 © Radio France / Thomas Legrand

J'ai jamais été gaulliste, mais… chapeau quand même !

- Claude Angeli, au micro de Thomas Legrand 

En Partenariat avec le journal "La Croix"

▶︎ La chronique de Thomas Legrand à retrouver sur le site du journal -  Les mythes (et mensonges) du général (7/8)

Archives 

  • Pierre Lefranc, conseiller technique chargé de l'information à l'Elysée s'adressait à Alain Peyrefitte, tout juste nommé ministre de L'information, en 1962
  • Maurice Thorez appelle à dire "non à la servitude, non à la guerre en Algérie, oui à la paix", septembre 1958
  • Extrait du documentaire de Daniel Feinstein, 17 octobre 1961. Dissimulation d'un massacre. L'extrait revient sur une manifestation de protestation organisée par le FLN dans Paris. 
  • Lors d'une conférence de presse, le général de Gaulle répondait à Maurice Duverger, constitutionnaliste critique, qui lui demandait s'il ne risquait pas d'attenter aux libertés, le 19 mai 1958. Il eut cette phrase culte : 

Est-ce que j'ai jamais attenté aux libertés publiques fondamentales, je les ai rétablies ! Pourquoi voulez-vous qu'à 67 ans, je commence une carrière de dictateur !

  • Archive INA - Le journaliste Ernest Raynaud revient sur les suspicions que portait De Gaulle au Canard enchaîné, qui, selon lui, était sous l'influence du parti communiste, le 4 juillet 1965
  • Le journaliste Robert Fresneau sur France-Culture, revient sur "le style particulier de Gaulle et dans lequel il se complaisait", 1990

De Gaulle a bien servi la Canard et Le Canard a bien servi De Gaulle

Programmation musicale 

  1. Tu le regretteras - Gilbert Bécaud (1965) 
  2. Glissé redressé - Bertrand Belin
L'équipe
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