"Je vous ai compris !" : cette phrase, prononcée lors de son discours du 4 juin 1958 à Alger, reste comme l'une des plus symboliques du général De Gaulle. Si elle a changé le cours de l'histoire, l'historien Benjamin Stora expose toute la complexité gaulliste qu'elle concentre vis-à-vis de la question algérienne.

De Gaulle, décolonisateur par défaut ?
De Gaulle, décolonisateur par défaut ? © Getty / Loomis Dean / Contributeur

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Au moment où de Gaulle prononce cette phrase, on ne sait pas, lui non plus sans doute, s'il allait rester dans l'histoire comme celui qui aura maintenu l'empire français qu'il avait eu tant de mal à sauver à l'issue de la Seconde Guerre mondiale ou alors comme le grand décolonisateur, celui qui aura compris le sens de l'histoire.

En 1958, il sait au moins qu'il faut régler cette situation potentiellement fatale pour la France, pour remonter le fil de l'histoire de De Gaulle et l'Empire, pour voir aussi l'influence de cette politique sur les questions identitaires qui secouent la France encore aujourd'hui et les générations successives d'immigrés. 

Thomas Legrand est parti à la rencontre de Benjamin Stora, historien, né en 1950 à Constantine. Il a publié des dizaines d'ouvrages sur l'Algérie dont "De Gaulle et l'Algérie" au Seuil et, surtout, son dernier livre "Une mémoire algérienne" chez Robert Laffont. 

Les origines du De Gaulle décolonisateur depuis la Seconde guerre mondiale 

Quand est-ce que l'image du décolonisateur a émergé dans la conscience politique de De Gaulle ? Car il faut bien avoir en tête que le rapport de De Gaulle avec la question coloniale commence durant la Seconde Guerre mondiale, quand la France est occupée et qu'il décide de s'appuyer sur ce qu'on appelait alors les colonies françaises. Un empire qui lui servait à faire valoir les intérêts de la nation française face à la logique bipolaire induite par la guerre froide. Charles de Gaulle était prêt à tout pour éviter à la France de rester coincée dans l'étau géopolitique formé par les Etats-Unis à l'ouest et l'URSS à l'est. 

Dans un premier temps, sa vision ce n'est pas la décolonisation, c'est l'utilisation de l'empire français pour pouvoir peser à l'échelle nationale et géopolitique

- L'historien Benjamin Stora

De la conférence de Brazzaville (1944) à sa présidence en 1958

Cette conférence de Brazzaville est l'une de ses plus grandes initiatives politiques où certes l'indépendance n'est pas encore émise, mais il formalise un certain nombre de réformes et de promesses d'autonomisation politique. Faut-il analyser cette conception politique comme un moyen pour De Gaulle de conserver coûte que coûte l'influence de la France sur l'Algérie ou un réel pas en avant ?

Jusqu'en 1958, le général de Gaulle réfléchit à ce que doit être la position de la France dans une période où les peuples se libèrent de leur tutelle coloniale. De Gaulle cherche à définir une forme d'association économique et culturelle pour pérenniser l'influence de la France dans le monde et aussi pour sécuriser les sources d'approvisionnement en matières premières dans une économie en pleine croissance, mais surtout toujours devant la domination des blocs américain et soviétique qui se partagent le monde par leur politique d'influence plus ou moins agressive. De Gaulle a l'intuition que la France doit être la voix des peuples qui ne veulent pas de cette tutelle impérialiste. La voix même de ceux que l'on appelait à l'époque "le Tiers-Monde". C'est avec ces idées qu'il arrive au pouvoir en 1958. 

C'est une logique de fédération dans une logique associative économique qu'il conçoit d'abord ce grand pas vis-à-vis de l'Algérie prenant en compte toutes les obédiences politiques à sa gauche comme à sa droite. Tout se formalise avec le plan de Constantine. 

Personne n'avait osé proposer de manière publique une telle négociation avec les Algériens

- Benjamin Stora 

Le tournant majeur : le discours du 16 septembre 1959 sur l'autodétermination

C'est à ce moment-là que, pour la première fois, De Gaulle admet trois solutions potentielles : 

  • L'intégration de l'Algérie à la France 
  • La solution fédérale (une autonomisation très forte de l'Algérie en donnant beaucoup de pouvoirs au Parlement algérien, en associant toutes les élites) ;
  • L'Indépendance

En Partenariat avec le journal "La Croix"

▶︎ La chronique de Thomas Legrand à retrouver sur le site du journal - (5/8)

Archives de l'émission

  • Je vous ai compris ! Discours des 4 juin 1958 du général De Gaulle à Alger, depuis le balcon du Gouvernement général
  • Discours du général De Gaulle à Brazzaville, le 30 janvier 1944
  • Le discours du général De Gaulle du 16 septembre 1959 suggérant que le recours à l'autodétermination soit proclamé au nom de la France et de la République
  • Le 23 avril 1961, dans une allocution télévisée, le général De Gaulle dénonce le putsch des quatre généraux aussi surnommé "le Carteron des généraux"

Programmation musicale 

Enrico Macias - Adieu mon pays

Norah Jones - Hurts to Be Alone

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