Le mot de la semaine, c’est couvre-feu. Au cinéma, c’est un mot qui renvoie majoritairement à la période de l’Occupation. D’où cet extrait du tout début du film que François Truffaut consacra à cette sombre période, avec en titre ce « dernier métro » dont il ne sera plus question durant le reste du film.

Gérard Depardieu et Catherine Deneuve dans "Le Dernier Métro", film de François Truffaut (1980).
Gérard Depardieu et Catherine Deneuve dans "Le Dernier Métro", film de François Truffaut (1980). © AFP / JEAN PIERRE FIZET / COLLECTION CHRISTOPHEL

Le couvre-feu lui est dans toutes les têtes, plus encore dans celle de Lucas Steiner ce directeur de théâtre juif obligé de se terrer dans la cave et de diriger sa mise en scène par procuration. Pour lui, le couvre-feu est permanent. Et pour les autres personnages, il est comme une horloge qui détermine la vie quotidienne aussi bien que la durée d’une représentation. Loin de moi l’idée de tracer des parallèles hasardeux entre la COVID et l’occupant des années 40. Disons simplement que le couvre-feu nous ramène à une dramaturgie singulière et, il faut bien l’avouer, une aubaine pour les auteurs et les scénaristes. 

Pour illustrer cette omniprésence, je ne résiste pas au plaisir de faire un petit pas de côté en vous citant ce court poème que Paul Eluard écrivit à Vézelay en 1942 et qui s’intitule tout simplement « Couvre-feu » :

Que voulez-vous la porte était gardée            
Que voulez-vous nous étions enfermés            
Que voulez-vous la rue était barrée            
Que voulez-vous la ville était matée            
Que voulez-vous elle était affamée            
Que voulez-vous nous étions désarmés            
Que voulez-vous la nuit était tombée            
Que voulez-vous nous nous sommes aimés.

Et pour revenir au cinéma, comment ne pas penser au beau film de Bertrand Tavernier, « Laissez-passer » qui revient sur la vie de Jean Aurenche, sous l’Occupation toujours ? Avec la vie des studios et des artistes au gré des couvre-feu et des alertes. Et une chanson d’espoir malgré tout justement intitulée « Laisser passer », l’anti couvre-feu par excellence, chantée par Marie Desgranges musique d’Antoine Duhamel et paroles de Tavernier.

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