Troisième et dernier épisode de notre rencontre avec Khaled Miloudi, cet ancien braqueur condamné à quarante-cinq ans de réclusion criminelle, que l’écriture et la poésie ont sauvé. Dans ce dernier épisode, il raconte comment cette découverte a boulversé sa vie lorsqu’il était en prison.

Condamné à 45 ans de réclusion criminelle pour des braquages, Khaled Miloudi découvert l'écriture en prison. Il est depuis lauréat de plusieurs prix de poésie.
Condamné à 45 ans de réclusion criminelle pour des braquages, Khaled Miloudi découvert l'écriture en prison. Il est depuis lauréat de plusieurs prix de poésie. © Radio France / Charlotte Perry

Lorsque le président de la Cour d'Assises de Seine-Saint-Denis a énoncé le verdict, treize ans après les faits, les jambes de Khaled Miloudi se sont dérobées: vingt ans de réclusion criminelle pour l'attaque à main armée d'un fourgon blindé à Clichy-sous-Bois. Deux semaines plus tard, la Cour d'Assises de Seine-Maritime le condamnait à vingt-cinq ans de plus pour une fusillade avec la police, lors du braquage d'une bijouterie à Rouen. Agé alors de quarante-sept ans, Khaled pensait qu’il finirait ses jours en prison.   

J'avais quarante-sept ans et j'étais condamné à quarante-cinq ans de réclusion criminelle. Franchement, pour moi, c'était la guillotine carcérale. C'était une condamnation à mort, sauf que c'était une mort lente. Une mort à petit feu, où vous implosez de l'intérieur.

Les dix premières années de sa détention ont été un enfer. Classé DPS (Détenu Particulièrement Signalé), il est soumis a un régime carcéral très dur: transféré tous les six mois, réveillé la nuit toutes les deux heures, privé d’activités sportives et scolaires, ses conversations et ses courriers sont systématiquement analysés par des psychiatres pour surveiller l'évolution de sa santé mentale. Car dans de telles conditions de détention, comment ne pas devenir fou?

En 2012, il bénéficie d'une baisse de sûreté. Sa peine est ramenée à trente ans. Khaled entrevoit alors une petite lumière au bout du tunnel. Lorsqu'il est transféré à la Maison Centrale de Poissy en 2014, il reprend un cursus scolaire et fait la connaissance d'une enseignante qui l'encourage et le pousse à lire et à écrire. C'est une révolution.

D'un coup, cela a été la fin de mon isolement. Mon âme vagabondait partout. Je faisais entrer la  mer, l'amour, le soleil, tout ce dont un être humain a besoin dans la vie, je le faisais entrer dans ma cellule, grâce à l'écriture et à la lecture.

Dès que j'ai commencé à écrire et à lire, je ne vivais plus au rythme de la prison. Le temps qui jouait contre moi, puisque le détenu est écrasé par ce temps qui s'égraine, ne m'oppressait plus. A l'inverse, c'est moi qui le tenait le temps. J'étais devenu le maître du temps de ma cellule.

Lauréat de plusieurs prix de poésie, dont le prix Blaise Cendras en 2016, Khaled Miloudi est, depuis sa libération conditionnelle en janvier 2021, retourné à six reprises en prison pour parler de son expérience dans le cadre d'une mission de justice restaurative. Lui qui était considéré comme l'un des dix détenus les plus dangereux de France, se consacre désormais à l'écriture de plusieurs projets littéraires et artistiques, et à la prévention de la délinquance à travers des ateliers d'écriture et de poésie à destination de jeunes sous main de justice.

Après tout ça, malgré tout ça, je peux moi transmettre quelque chose. J'ai vraiment conscience que les mots peuvent aider les gens à aller mieux.

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Rencontre:

Samedi 6 novembre à 15h le théâtre « Les Déchargeurs », à Châtelet, vous propose une rencontre avec Khaled Miloudi. Entrée libre, bar et petite restauration sur place !

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