C'est l'histoire d'un objet qui raconte la vie de tout un quartier. Installé dans l’arrière salle d’Au Rêve - mythique bistrot de la rue Caulaincourt - de 1923 à 2019, ce taxiphone aura servi tant à Jacques Brel et Marcel Aymé qu’aux commerçants, aux héroïnomanes ou aux grandes dames désargentées.

Le célèbre taxiphone du "Rêve", désormais installé au musée de Montmartre.
Le célèbre taxiphone du "Rêve", désormais installé au musée de Montmartre. © Radio France / Charlotte Perry

Lorsqu'il fût installé Au Rêve en 1923, c'était un prototype. Il aura pourtant fonctionné jusqu'en 2008 et ne fut décroché de ses murs qu'en 2019, date à laquelle il rejoint le musée de Montmartre. Objet d'avant-garde avec lequel on pouvait appeler New York pour le prix d'un jeton, le premier qui ne nécessitait pas de passer par une opératrice, le taxiphone du Rêve raconte, époque après époque, la vie de tout un quartier et de ses habitants. 

Le célèbre taxiphone du Rêve, objet d'avant-garde installé en 1923, qui raconte la vie de tout un quartier.
Le célèbre taxiphone du Rêve, objet d'avant-garde installé en 1923, qui raconte la vie de tout un quartier. © Radio France / Charlotte Perry

Jacques Brel s'en servait pour appeler Susanne Gabriello, son amoureuse, qui habitait chez son père rue Caulaincourt, juste en face du Rêve. Marcel Aymé, qui avait pourtant le téléphone chez lui, préférait descendre Au Rêve pour passer ses coups de fil pour ne pas que sa femme, Antoinette, espionne ses conversations. Pour les grandes dames de l'avenue Junot, qui avaient tout perdu pendant la guerre, il permettait d'appeler un taxi, leur procurant ainsi l'illusion qu'elles avaient encore une voiture avec chauffeur. 

Avec espièglerie, et un peu de nostalgie, Elyette, qui a tenu "Au Rêve" pendant 50 ans à la suite de ses parents, raconte l'histoire de cet objet, témoin d'un savoir-faire français et de la vie de son quartier.

Il y avait aussi un peu plus haut un garagiste. Il n'avait pas le téléphone. Quelques fois, on avait des appels pour lui. Alors on avait un sifflet, et il fallait siffler deux coups, et il descendait vite vite vite pour prendre la communication au téléphone. Et puis avec mon petit frère c'était notre jeu: on se mettait sur le bord du trottoir et on sifflait, on sifflait !

Le taxiphone d'Au Rêve, en état de marche jusque 2008, et qui est resté accroché aux murs jusqu'en 2019.
Le taxiphone d'Au Rêve, en état de marche jusque 2008, et qui est resté accroché aux murs jusqu'en 2019. © Radio France / Carl Westergren (2014)

En 2019, Elyette décide de faire don du taxiphone au Musée de Montmartre, où il a désormais sa place aux côtés du zinc du père Baillot et des œuvres des artistes Montmartrois. 

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