A 71 ans, Bernard continue de s'occuper de ses 51 vaches avec passion. Il est l'un des tout derniers petits éleveurs laitiers de sa région mais, pour la 2ème fois en sept ans, tout son troupeau va être abattu car l'une de ses bêtes a été contaminée par la tuberculose bovine. Malgré cela, Bernard ne veut pas raccrocher.

Bernard Thillard, chez lui à Deviat (Sud-Charente). Parce que l'une de ses bêtes a été contaminée par la tuberculose bovine, tout son troupeau a été abattu. C'est la 2ème fois que l'épidémie frappe son élevage en 7 ans.
Bernard Thillard, chez lui à Deviat (Sud-Charente). Parce que l'une de ses bêtes a été contaminée par la tuberculose bovine, tout son troupeau a été abattu. C'est la 2ème fois que l'épidémie frappe son élevage en 7 ans. © Radio France / Charlotte Perry

De part et d'autre de la route départementale qui mène à Barbezieux Saint-Hilaire, en Sud-Charente, la ferme de Bernard Thillard s'étend sur 35 hectares, entourée par les bois et les pins maritimes. C'est l'une des toute dernières petites exploitations laitières de la région, pourtant autrefois riche en petits producteurs. La laiterie, où l'on fabriquait l'AOP Beurre de Charente a fermé et la production laitière disparaît progressivement. Les derniers éleveurs laitiers sont âgés, les jeunes, eux, préfèrent se tourner vers l'élevage de viande bovine, les céréales ou surtout la vigne pour le Cognac. Des activités bien plus rentables et moins contraignantes.  

A Deviat, au lieu dit "Chez le Blais", la ferme de Bernard Thillard s'étend de part et d'autre de la route départementale, entourée par les bois et les pins maritimes.
A Deviat, au lieu dit "Chez le Blais", la ferme de Bernard Thillard s'étend de part et d'autre de la route départementale, entourée par les bois et les pins maritimes. © Radio France / Charlotte Perry

Et puis, il y a cette épidémie de tuberculose bovine, qui a déjà frappé les éleveurs il y a sept ans et qui est réapparue cette année, propagée par la faune sauvage. La réglementation sanitaire est stricte et sans appel: pour les bêtes de viande, seuls les animaux contaminés sont abattus, mais pour les laitières, c'est tout le troupeau qui est condamné. Bernard Thillard est le seul éleveur a avoir relancé un élevage laitier après la première épidémie. Tous les autres se sont reconvertis en viande ou en céréales. 

Le 29 mars au soir, le camion est venu chercher trente-et-une vaches pour les emmener à l'abattoir de Tulles. Les vingt autres ont été emmenées deux jours plus tard.
Le 29 mars au soir, le camion est venu chercher trente-et-une vaches pour les emmener à l'abattoir de Tulles. Les vingt autres ont été emmenées deux jours plus tard. © Radio France / Charlotte Perry

Alors, lorsque le vétérinaire sanitaire lui a annoncé, le 13 mars dernier, que son élevage était à nouveau frappé, Bernard pensait qu'il serait moins affecté. Mais non. Sa douleur est immense et la peine n'est pas moins forte. Car Bernard a toujours "la passion des vaches". Ses animaux sont tout pour lui, qui ne s'est jamais marié et qui n'a pas eu d'enfants. 

Pour une qui était positive, faire abattre tout le troupeau c'est quand même dur. On se sent anéanti bien sûr, dépossédé, parce que l'on travaille dessus pour la génétique, et puis c'est toujours difficile de se remettre dans un autre troupeau. Alors on tourne en rond dans sa cour, comme une bête errante. 

Mais malgré son âge, et bien qu'il pourrait tirer une somme assez importante de la vente de ses terres, convoitées par ses voisins, Bernard ne veut pas raccrocher. Après le départ de ses vaches, une fois les bâtiments nettoyés, désinfectés, et la période de vide sanitaire passée, il espère racheter un petit troupeau avec les indemnités et repartir à nouveau. Une force de caractère hors du commun et un courage qu'il tire en s'occupant de celles qu'il appelle "ses filles".

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