Rencontre avec Mohamed qui raconte comment il a été expulsé de France vers l'Algérie, un pays qu’il ne connaissait pas. Grâce à l’anthropologue Laurent Bazin, il met des mots sur sa condition de paria, au nom de tous ceux qui, comme lui, sont broyés par le durcissement continu des politiques pénales et migratoires.

Mohamed avec l'anthropologue Laurent Bazin, à l'espace Shakirail, où ils travaillent à l'écriture du livre "Le retour du refoulé"
Mohamed avec l'anthropologue Laurent Bazin, à l'espace Shakirail, où ils travaillent à l'écriture du livre "Le retour du refoulé" © Radio France / France Inter/ Charlotte Perry

L'histoire de Mohamed est emblématique. C'est une histoire qui recoupe celle de tant d'autres personnes et qui montre comment fonctionnent les mécanismes d'exclusion dans un pays où les politiques pénales et migratoires n'ont cessées de se durcir depuis trente ans.

Parti d'Algérie avec sa famille en 1990 à l'âge de sept ans pour fuit la misère, Mohamed a partagé le sort des réfugiés, vivant dans des camps en Allemagne durant son enfance. A quinze ans, il arrive en France, en banlieue parisienne, où il passe son adolescence entre foyers pour mineurs et petites histoires de délinquance qui le conduisent à plusieurs reprises en prison. En 2012, sa carte de séjour expire. A sa sortie de prison, il se retrouve donc sans papiers. Suite à un contrôle, il est envoyé en centre de rétention administrative, d'où il sera expulsé pour l'Algérie, après 15 ans de vie en France. Un pays dans lequel il n'est pas retourné depuis son enfance et où il n'a aucune attache. Ses parents, frères et sœurs, ayant tous obtenu la nationalité  française et résidents tous en France.

Ce qui m'est arrivé, c'est absurde. Envoyer quelqu'un, quelque part, pour des raisons administratives lui arracher sa vie, l'envoyer de l'autre côté.

De retour en France, il raconte aujourd'hui son histoire et, grâce à l'anthropologue Laurent Bazin, met des mots sur sa condition de paria dans un livre "Le retour du refoulé", en cours d'écriture. C’est un long combat qui se poursuit pour obtenir un statut, une reconnaissance sociale et juridique.

Aujourd'hui, j'ai trouvé mon territoire, c'est celui des mots. Je peux dire ce qui m'est arrivé. C'est comme une arme. Je parle au nom de tous les parias, les exclus de la société, les expulsés, tous ceux qui se sont fait expulser, qui vont se faire expulser. 

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