Sur le boulevard Magenta se trouve le plus ancien salon de coiffure de Paris. Depuis 1966, Katya, 89 ans, coiffe et cause avec la gouaille d'un vrai titi parisien. Dans un décor qui n'a pas changé depuis ses débuts, elle nous raconte sa vie de gavroche, sa vision de la coiffure et le monde qui change sous ses yeux.

Katya, 89 ans, tient toujours le salon de coiffure qu'elle a ouvert en 1966, boulevard Magenta à Paris (10ème). Un salon emblématique qui ne ressemble à aucun autre à Paris
Katya, 89 ans, tient toujours le salon de coiffure qu'elle a ouvert en 1966, boulevard Magenta à Paris (10ème). Un salon emblématique qui ne ressemble à aucun autre à Paris © Radio France / Charlotte Perry

Ses clientes vous le diront, Katia est un personnage exceptionnel, hors-normes: grand cœur, grande gueule, on vient chez elle autant pour se faire coiffer que pour discuter, de tout, de rien, du monde tel qu'il va. Grandes dames ou femmes du peuple, commerçantes de la rue d'Aboukir, mannequins et musiciens, venaient passer "un moment de folie", se remonter le moral ou simplement faire une pause dans leur journée de travail. Aller chez Katya, "c'était la récréation".

Installée dans son fauteuil, Katya regarde le monde défiler et continue de coiffer et de causer. Mais à 89 ans, elle pense à s'arrêter, pour faire autre chose.
Installée dans son fauteuil, Katya regarde le monde défiler et continue de coiffer et de causer. Mais à 89 ans, elle pense à s'arrêter, pour faire autre chose. © Radio France / Charlotte Perry

Et dans son salon de coiffure aux allures de boudoir, où rien n'a changé depuis les années soixante, Ray Charles, en personne, venait se faire coiffer pendant un temps.

J'ai fréquenté Saint-Germain-des-Prés pendant longtemps, je dansais le Be-Bop avec Ray Charles et tout ça. On dansait à l'Elysée Montmartre: il y avait l'orchestre noir, c'était des vrais noirs avec le petit chapeau rond de Harlem, et on faisait des passes debout sur le piano. Je vous jure que c'était formidable! 

Le salon de coiffure de Katya n'a pas changé depuis les années 60, et ne ressemble à aucun autre. Aux curieux qui le regarde étonnés, elle répond que c'est "un vétérinaire", ou "un antiquaire".
Le salon de coiffure de Katya n'a pas changé depuis les années 60, et ne ressemble à aucun autre. Aux curieux qui le regarde étonnés, elle répond que c'est "un vétérinaire", ou "un antiquaire". © Radio France / Charlotte Perry

Née en 1932 Porte de Clignancourt, dans les H.LM  qui bordent ce que l'on appelait alors "la zone", où vivaient les Manouches, Katya raconte l'époque des "gamins de Paris": Django Reinhardt, les louchébems, les espiègleries jouées aux poulets, le défilé lorsqu'elle a été élue "Reine des Puces" sur le marché des Antiquaires. Et se souvient de l'entraide et du respect qui régnaient alors. 

Je suis un gavroche, un vrai, ah ça oui, un vrai titi parisien!

Katya, dans son salon boulevard Magenta, Paris 10ème.
Katya, dans son salon boulevard Magenta, Paris 10ème. © Radio France / Charlotte Perry

Mais au fond d'elle, elle garde une blessure intime et profonde, celle d'avoir été un enfant adultérin. Pour prouver aux autres et à elle-même, qu'elle valait aussi bien que tout le monde, elle s'est entièrement consacrée à son métier qu'elle élève au rang d'art. Sans jamais oublier ni qui elle est, ni d'où elle vient.

Moi je dis que la coiffure, c'est un art. C'est plus qu'un art, c'est une peinture: il faut faire ressortir la personnalité de la cliente. Toute de suite, lorsqu'on la voit, il faut savoir comment on va la coiffer.

Katya Coiffure, boulevard Magenta, Paris 10ème. Ouvert depuis 1966, sans interruptions.
Katya Coiffure, boulevard Magenta, Paris 10ème. Ouvert depuis 1966, sans interruptions. © Radio France / Charlotte Perry

Aujourd'hui, à 89 ans, Katya pense finalement fermer boutique. Pas pour prendre sa retraite, "ça jamais", pour faire autre chose: peut-être tenir une crêperie bretonne là où Dieu la mènera.  

L'équipe
Contact
Thèmes associés