Dernier épisode de notre rencontre avec Melvin McNair. En 1972, Melvin et ses camarades détournèrent un avion de ligne pour fuir la violence et le racisme des Etats-Unis. Exilé en France depuis, Melvin raconte comment le destin a fini par le rattraper, et le combat qu'il mène depuis trente ans auprès des jeunes ici.

Melvin McNair, dans le quartier de la Grâce de Dieu, à Caen, où il fût médiateur pendant près de trente ans.
Melvin McNair, dans le quartier de la Grâce de Dieu, à Caen, où il fût médiateur pendant près de trente ans. © Radio France / Charlotte Perry

Après le détournement du vol 841 Détroit-Miami, Melvin, sa femme Jean, et leurs deux camarades rejoignent la section internationale des Black Panthers, dirigée par Eldrige Cleaver, en Algérie. Mais rapidement, les choses tournent mal et ils sont obligés de renvoyer leurs enfants en Amérique. Grâce au réseau Solidarité d'Henri Curiel, Melvin et Jean gagnent la France avec de faux passeports. Pendant quelques années, ils vivent clandestinement sous de fausses identités, sont hébergés chez des membres du réseau et continuent de militer. Mais en 1976, ils sont arrêtés par la DST. Ils seront jugés en 1978 par la Cour d'Assises de Paris. Soutenus par l'opinion publique française, les "quatre de Fleury", comme ils sont alors surnommés, écoperont de peines relativement clémentes. Mais ils ne peuvent plus retourner aux Etats-Unis, où ils risquent, aujourd'hui encore, jusqu'à 20 ans de prison.   

Après la prison, Melvin et Jean font revenir leurs deux enfants. En 1986, ils s'installent à Caen, dans le quartier défavorisé de la Grâce de Dieu où Melvin devient médiateur. Mais leur fils aîné, Johari, alors âgé de 16 ans, préfère retourner vivre aux Etats-Unis, contre l'avis de ses parents. Le destin rattrape alors les deux anciens pirates de l'air: Johari mourra assassiné à 28 ans, pris dans la violence de la vie du ghetto. 

A travers son association sportive, Melvin continue de s'engager auprès des jeunes de son quartier pour faire changer les mentalités et tout faire pour que la France ne devienne pas comme l'Amérique.

Au niveau symbolique, c'est puissant quand même. C'est un sacré voyage. Qui l'aurait cru, qu'au bout du tunnel, quand j'ai détourné un avion, je finirais à la "Grâce de Dieu". C'est un sacré parcours, on peut dire.

A gauche, l'immeuble dans lequel la famille McNair vécu pendant près de trente ans, à la grâce de Dieu.
A gauche, l'immeuble dans lequel la famille McNair vécu pendant près de trente ans, à la grâce de Dieu. © Radio France / Charlotte Perry

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