Patrick souffre de schizophrénie. Il entend des voix, des menaces, dans lesquelles il est souvent question de sexe et de mort. Après un séjour en hôpital psychiatrique, il est aujourd'hui hébergé chez Mme Venant près d'Ainay le Château. Un village où la tradition d'accueil des malades remonte à plus de cent ans.

Patrick et Nicolas sont accueillis chez Mme Venant, à Lurcy-Lévy.
Patrick et Nicolas sont accueillis chez Mme Venant, à Lurcy-Lévy. © Radio France / Charlotte Perry/France Inter

C'est une expérience unique en France qui remonte à la fin du 19ème siècle, quand des psychiatres progressistes, révoltés par les conditions d'accueil et de soins dans les grands hôpitaux psychiatriques parisiens, décidèrent à titre expérimental d'envoyer certains malades à la campagne. Ainsi fût crée la Colonie Familiale d'Ainay le Château, dans l'Allier, aujourd'hui devenue le Centre Hospitalier Spécialisé d'Ainay. Dans ce village, et dans la campagne alentourante, des familles accueillent chez elles des malades atteints de troubles psychiatriques pour les préparer à réintégrer la société

Annie Venant est accueillante familiale thérapeutique depuis 27 ans
Annie Venant est accueillante familiale thérapeutique depuis 27 ans © Radio France / Charlotte Perry/France Inter

Annie Venant, que vous avez rencontré dans l'épisode précédent, est accueillante familiale thérapeutique depuis 27 ans. C'est à dire qu'elle accueille chez elle, à l'étage de sa grande maison, des personnes qui ne sont pas assez malades pour justifier d'un internement en hôpital psychiatrique, mais trop pour pouvoir vivre seules. Comme Patrick et Nicolas. Ils ont chacun leur chambre, disposent d'une cuisine, d'une salle de vie et d'une salle de bain commune, et sont libres d'aller et venir par une porte d'entrée qui leur est réservée et qui donne sur l'extérieur. 

"C'est leur appartement. On est obligé de mettre des petites règles, bien sûr, on oblige à ranger. ça embête peut-être Patrick, mais c'est ce qu'on apprend aussi. Il faut bien se mettre dans la tête qu'un jour ou l'autre ils vont sortir, donc sortir, ça veut dire savoir gérer un appartement"

Peinture réalisée par Patrick
Peinture réalisée par Patrick © Radio France / Charlotte Perry/France Inter

Patrick était guichetier à la poste. La maladie a fait qu'il a dû arrêter de travailler. A bientôt 60 ans, il redoute de finir ses jours en famille d'accueil et s'accroche aux soins pour essayer d'avoir son propre appartement. Il raconte sa maladie, la schizophrénie, les voix dans sa tête qui lui parlent et le menacent, son quotidien en famille d'accueil avec Nicolas, son co-accueilli.  

"Ce qui est difficile à supporter ce sont les horaires. Se lever à telle heure, manger à telle heure. Mais c'est le début de l'intégration."

Entre Patrick et Nicolas, les relations se passent bien. Mais Patrick a dû quitter sa précédente famille d'accueil, car il se sentait menacé par l'autre personne accueillie. 

A lire pour aller plus loin: 

  • Folies et représentations sociales, de Denise Jodelet (1989), aux éditions PUF (disponible en PDF). Une enquête sociologique menée au début des années 70 dans la colonie familiale d'Ainay le Château. 
  • Un village pour aliénés tranquilles, de Juliette Rigondet, aux éditions Fayard  (2019). Une riche et passionnante histoire de la colonie familiale de Dun sur Auron.
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