En 2001, Catherine s'installe dans un hameau à 6 km de Larchamp (53). Mais à partir de 2010, ses animaux meurent les uns après les autres de manière inexpliquée. Sa fille, Enya, tombe ensuite gravement malade, puis c'est au tour de Catherine. C'est alors le début d'un long combat pour comprendre la cause de ces maux.

Catherine Fargeas, hameau du Cotantin, Larchamps (Mayenne). Depuis deux ans, Catherine se bat pour faire reconnaître l'empoisonnement environnemental dont elle, et sa fille Enya, sont victimes.
Catherine Fargeas, hameau du Cotantin, Larchamps (Mayenne). Depuis deux ans, Catherine se bat pour faire reconnaître l'empoisonnement environnemental dont elle, et sa fille Enya, sont victimes. © Radio France / Charlotte Perry

Installée depuis 20 ans dans le hameau de Cotantin, à 6 km du bourg de Larchamp, en Mayenne, Catherine a quitté Paris pour vivre en pleine campagne, y élever ses enfants et être autonome en alimentation. Mais en 2010, l'éleveur de porcs industriel qui loue les terres qui surplombent sa maison transforme les prairies naturelles en cultures de maïs. Soudainement, de manière inexpliquée, ses animaux meurent les uns après les autres, puis sa fille Enya, alors âgée de 11 ans, tombe gravement malade. Et trois ans plus tard, c’est au tour de Catherine. Un médecin soupçonne alors un empoisonnement environnemental. C’est le début d’un long combat qui s’annonce pour faire reconnaître la cause de ces maux.

Située au fond d'un vallon, la maison de Catherine était autrefois entourée de prairies naturelles. Mais un éleveur de porcs industriel a obtenu l'autorisation de cultiver du maïs. Par forte pluie, pesticides et lisier coulent dans la cour.
Située au fond d'un vallon, la maison de Catherine était autrefois entourée de prairies naturelles. Mais un éleveur de porcs industriel a obtenu l'autorisation de cultiver du maïs. Par forte pluie, pesticides et lisier coulent dans la cour. © Radio France / Charlotte Perry

D'abord ce furent les chèvres, puis le chien, puis tous les lapins. Et cette année encore, les neuf chatons sont morts à un mois, soit dès qu'ils commencent à aller se promener et à faire leurs besoins dans l'herbe. Et à chaque fois, c'est la même chose qui se reproduit: ils développent une tumeur à l'anus qui éclate et ils meurent. 

En 2013, Enya, la fille de Catherine aujourd'hui âgée de 17 ans, tombe gravement malade. Elle multiplie les oedèmes de quincke puis développe une polyarthrite infantile. A onze ans, elle est obligée d'arrêter l'école et de suivre des cours par correspondance.

Entre février et juin, Enya a fait quinze oedèmes. Elle gonflait, elle devenait toute bleue. L'école n'a pas pu la garder, c'était trop dangereux. Elle a essayé d'y retourner en septembre, mais ses hanches se sont bloquées. J'ai été obligée de lui acheter un fauteuil roulant. Elle n'a pas pu y retourner. Depuis, elle est déscolarisée. 

En 2017, c'est au tour de Catherine de tomber malade. Elle développe deux tumeurs au ventre coup sur coup, ses épaules se rigidifient et sa thyroïde se détraque . C'est son endocrinologue qui lui annonce qu'il s'agit d'un empoisonnement environnemental et qu'elles sont toutes les deux atteintes de maladies auto-immunes. 

Catherine en est persuadée, toutes ces morts et ces maladies sont causées par l'épandage des pesticides et du lisier industriel dans les champs qui surplombent sa maison, et qui, par forte pluie, coulent directement dans sa cour, charriés par la boue. Pourtant, les épandages sont interdits dans des situations géographiques où il y a des pentes supérieures à 10%, ce qui est le cas chez Catherine. Et bien que depuis deux ans elle ait alerté tous les services de l'Etat (Préfecture, ARS, DRAAF), certificats médicaux à l'appui, les épandages continuent.

Par forte pluie, de la boue chargée de résidus de pesticides et de lisier en provenance du champ qui surplombe sa maison se déverse directement dans la cour de Catherine.
Par forte pluie, de la boue chargée de résidus de pesticides et de lisier en provenance du champ qui surplombe sa maison se déverse directement dans la cour de Catherine. © Radio France / Charlotte Perry

Pire, pour se soigner, Catherine et sa fille ont impérativement besoin de la liste des produits épandus dans les champs à côté. Mais l'agricultrice, qui a repris l'exploitation depuis le décès de son mari d'une tumeur cérébrale, refuse de lui communiquer. Pourtant, elle aussi a été atteinte par deux cancers et son fils est mort d'une crise cardiaque à 18 ans. Pour sauver sa vie et celle de sa fille, Catherine s'est donc résolue à porter plainte en juillet 2019.

Enya, ma fille, n'était pas d'accord. Elle ne voulait pas que je porte plainte. Elle voulait qu'on parte d'ici, qu'on en parle plus, et qu'on essaye de se soigner comme on pouvait. Mais ce n'est pas possible. Je ne peux pas lâcher. Elle ne méritait pas ça à 11 ans.

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