Noam Anouar est policier. Il a travaillé huit ans à la Direction des Renseignements de la Préfecture de police de Paris (DRPP, ex-RG), où il était en charge de la surveillance des réseaux liés à l’islam radical en Seine-Saint-Denis. Jusqu’au jour où il s'est lui-même retrouvé soupçonné de radicalisation...

Noam Anouar, policier, ancien de la DRPP, chez lui
Noam Anouar, policier, ancien de la DRPP, chez lui © Radio France / Charlotte Perry

Noam Anouar a 44 ans. De parents Algériens, il a grandi dans un quartier sensible de la banlieue parisienne, où il n'est pas très bien vu de vouloir devenir policier. C'est par vocation pour le service public, et parce qu'il voulait agir sur son environnement, qu'il a passé le concours de police. 

En 2008, après un an dans la sécurité publique, il intègre les Renseignements Généraux, où il devient très vite chargé de la surveillance des filières jihadistes en Seine-Saint Denis. Parlant parfaitement l'arabe et maîtrisant les codes de la culture et de la religion musulmane, il devient l'un des plus fin connaisseurs du sujet. Les frères Kouachi, Sami Amimour, Amedy Coulibaly, les frères Clain, autant "d'astres noirs" qu'il aura vu monter. Ses rapports alarmants ne sont pourtant pas pris au sérieux par sa hiérarchie, qui s'agace des méthodes de ce flic à contre-courant. 

A mesure que la menace terroriste se précise, il devient lui-même suspecté de radicalisation. A partir de 2010, il est mis sur écoute. On lui reproche de parler arabe à ses sources, mais aussi son régime alimentaire ou ses prétendus rapports avec les femmes dans la hiérarchie.  Un prétexte, selon lui, pour l'écarter des services de renseignements. 

Certains personnels au ministère de l'intérieur, qui sont clairement affiliés à l'extrême droite, detestent les maghrébins, l'islam est utilisé comme prétexte pour décrédibiliser les personnes comme moi

Si on pense que les musulmans sont des terroristes, et un certain nombre de personnes le pensent très ouvertement, alors qu'on nous le dise. Pour ma part, en tout cas, moi j'ai décidé de ne pas pardonner.

Privé de son habilitation secret-défense, il sera affecté au Centre de Rétention Administrative (CRA) du Mésnil-Amelot, où il se constituera lanceur d'alerte pour dénoncer le racisme qui règne au sein de l'institution policière. Ce qui lui vaudra d'être poursuivi par l'IGPN, pour être sorti de son devoir de réserve. 

L'institution policière ne fait rien pour lutter contre le racisme anti-musulman. Au contraire, elle l'encourage, elle le couvre. Il y a même une passivité complice.

Aujourd'hui membre du syndicat de police VIGI (ancré à gauche), il aspire désormais à rejoindre la police municipale qui incarne, à ses yeux, le plus les valeurs de sa vocation initiale: servir l´intérêt général.

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