Installées depuis 20 ans dans un hameau de la Mayenne, Catherine et sa fille Enya sont toutes deux tombées gravement malades, victimes d'un empoisonnement environnemental lié à l'épandage de pesticides. Face à l'indifférence des pouvoirs publics, Catherine a déposé plainte. Depuis, elle subit menaces et pressions.

 Lettre de menaces signée des Jeunes Agriculteurs Nord Mayenne, datant d'octobre 2019. Depuis qu'elle a déposé plainte en juillet, Catherine reçoit des menaces par courrier et par téléphone.
Lettre de menaces signée des Jeunes Agriculteurs Nord Mayenne, datant d'octobre 2019. Depuis qu'elle a déposé plainte en juillet, Catherine reçoit des menaces par courrier et par téléphone. © Radio France / Charlotte Perry

« Tu veux nous emmerder, t’avai qu’à rester à Paris », « ton chemin va être bouché avec des remorques de fumier ... ». Depuis qu’elle a déposé plainte, en juillet 2019, contre l'éleveur de porcs industriels qui loue les terres et les deux sociétés agricoles qui font les épandages dans le champ de maïs qui surplombe sa maison, Catherine Fargeas reçoit des menaces par courrier et par téléphone, pour la faire partir. Pourtant, sa maison est située dans un vallon où les pentes sont supérieures à 10%, une zone géographique où les épandages sont normalement interdits. Car, par forte pluie, la boue, chargée de pesticides et de lisier, descend directement dans sa cour.

Située au fond d'un vallon, la maison de Catherine est entourée de champs de mais. Par forte pluie, des coulées de boue chargées de pesticides et de lisier se déversent dans sa cour.
Située au fond d'un vallon, la maison de Catherine est entourée de champs de mais. Par forte pluie, des coulées de boue chargées de pesticides et de lisier se déversent dans sa cour. © Radio France / Charlotte Perry

En septembre 2019, des analyses de cheveux révèlent que Catherine et sa fille sont contaminées par quinze molécules de pesticides, quand la moyenne nationale est de sept, ainsi que par quatre métaux lourds d’origine agricole. Toutes les deux sont atteintes de maladies auto-immunes (polyarthrite infantile pour Enya, thyroïdite et capsulite rétractile pour Catherine), et Catherine a développé plusieurs tumeurs coup sur coup.  Et bien que tous les certificats médicaux aient été envoyés aux services de l'Etat, les épandages continuent.

Catherine Fargeas et sa maman, Nicole. Depuis qu'elle a déposé plainte, Catherine reçoit des menaces des agriculteurs, et sa maman est mise à l'écart du village.
Catherine Fargeas et sa maman, Nicole. Depuis qu'elle a déposé plainte, Catherine reçoit des menaces des agriculteurs, et sa maman est mise à l'écart du village. © Radio France / Charlotte Perry

La maman de Catherine, Nicole, qui vit dans le bourg de Larchamp, n'est plus invitée à aller danser, ni au club des anciens. Car, dans les campagnes, il n'est pas bien vu de briser l'omerta qui règne au sujet des maladies liées aux pesticides. La plupart des riverains ou des agriculteurs qui sont touchés se taisent ou préfèrent déménager. Alors, pour sa fille "qui ne méritait pas ça a 11 ans", mais aussi pour tous "les morts invisibles", ceux qui ne seront jamais reconnus comme victimes de ces produits, Catherine a décidé de rester, coûte que coûte. Et de se battre, malgré les menaces et les pressions.

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