Suite de notre rencontre avec Patricia et son papa, Michel, atteint de la maladie d'Alzheimer. Une rencontre drôle et cocasse avec une aidante heureuse, pour qui la maladie n'est pas une catastrophe. Dans leur monde, toutes les règles de bonne éducation sont inversées et le surréalisme a pris le pas sur la réalité.

Patricia Herscher et son papa, Michel, qui est atteint de la maladie d'Alzheimer, et dont elle s'occupe au quotidien. Longny au Perche, novembre 2020
Patricia Herscher et son papa, Michel, qui est atteint de la maladie d'Alzheimer, et dont elle s'occupe au quotidien. Longny au Perche, novembre 2020 © Carl Westergren

A 49 ans Patricia Herrscher a abandonné son métier d'architecte d'intérieur à Paris pour se consacrer à son père Michel, 87 ans, atteint de la maladie d'Alzheimer. Tous les deux se sont installés dans un petit village du Perche, où ils coulent des jours heureux. 

Pour être aidant, il y a un seul truc a accepter dès le départ, c'est qu'il n'y a plus de loi, il n'y a plus de logique, il n'y a plus de règles, tout est possible. Mais c'est ça que j'adore aussi, c'est une vie de fou, elle est très originale ma vie. 

Michel Herscher, 87 ans, était chauffeur routier, grutier et maçon dans l'Ain. Depuis qu'il est atteint de la maladie d'Alzheimer, il vit chez sa fille Patricia à Longny au Perche (61).
Michel Herscher, 87 ans, était chauffeur routier, grutier et maçon dans l'Ain. Depuis qu'il est atteint de la maladie d'Alzheimer, il vit chez sa fille Patricia à Longny au Perche (61). / Carl Westergren

Moi je ne vis pas avec un malade vieillard et sénile. Je vis avec un extra-terrestre, un surréaliste. Ça pourrait être mon père, mon fils et mon simple d'esprit. Il est tout ça à la fois. Il a tous les âges. Parfois il a 4 ans, parfois il a vraiment 80 ans. Il n'y a plus d'âge en fait.

Michel et Patricia pendant leur balade quotidienne à Longny au Perche (61).
Michel et Patricia pendant leur balade quotidienne à Longny au Perche (61). / Carl Westergren

Pour calmer les angoisses crépusculaires de son père, Patricia n'hésite pas à mettre le bazar dans sa chambre puis à l'y enfermer, en prenant soin de faire disparaître la poignée de la porte. S'il n'y a plus de poignée, il n'y a plus de porte, Michel ne va donc pas s'énerver sur quelque chose qui n'existe pas. Et comme son obsession, c'est le rangement, il quitte immédiatement ses angoisses pour remettre sa chambre en ordre. Ce moment est donc bénéfique à tous les deux, car il offre un peu de répit à l'une et apaise l'autre. De même, Patricia n'hésite pas à mentir à son père et même à lui inventer de faux souvenirs. Des mensonges qui ont une durée de vie de trois secondes puisqu'il les oublie aussitôt, mais qui l'apaise et le rassure. Dans leur monde, les défunts sont partis en vacances, les absents viennent le visiter, il n'y a pas de COVID, et on part en balade jusqu'au bout du monde. 

Depuis qu'il est arrivé chez Patricia, Michel ne prend plus aucun traitement médicamenteux. Les anxiolytiques et anti-dépresseurs ont été remplacés par l'amour et la bienviellance de sa fille.
Depuis qu'il est arrivé chez Patricia, Michel ne prend plus aucun traitement médicamenteux. Les anxiolytiques et anti-dépresseurs ont été remplacés par l'amour et la bienviellance de sa fille. / Carl Westergren

Plutôt que de s'épuiser à combattre la maladie, Patricia a pris le parti d'entrer dans la folie de son père et de se jouer d'elle avec délectation. Une merveilleuse leçon de vie.

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