Bastien Moysan est pêcheur-paysan en rade de Brest. Depuis quinze ans, il exploite les 20 hectares de la ferme familiale du Guerniec, où il développe des semences adaptées à l'agriculture biologique et élève des cochons et des vaches de races anciennes. Mais le 21 mai dernier, ses terres ont failli lui échapper.

Bastien Moysan, chez lui, à Daoulas (Finistère). Le 21 mai dernier, les terres familiales qu'il défriche et exploite depuis 15 ans ont été vendues aux enchères à d'autres exploitants agricoles.
Bastien Moysan, chez lui, à Daoulas (Finistère). Le 21 mai dernier, les terres familiales qu'il défriche et exploite depuis 15 ans ont été vendues aux enchères à d'autres exploitants agricoles. © Radio France / Charlotte Perry

C'est une histoire qui a fait pas mal de bruit cet été, en Bretagne. Une histoire digne d'un roman de Zola, quand la passion de la terre déchire un monde paysan vorace et âpre au gain. Une histoire de vengeance, aussi, de gros exploitants agricoles envers un "petit piot" qui veut faire autrement et pour qui cela marche un peu trop. Mais c'est aussi, et surtout, une belle histoire de solidarité dans laquelle la mobilisation citoyenne aura permis à un jeune paysan de conserver les terres de sa famille. 

Des voisins ont voulu me racheter mes terres de force en me mettant 100 000 euros sur la tête chez le notaire. Mais c'est ma ferme, je suis là! Donc je n'ai pas bougé. Ils ont voulu me faire bouger, mais moi j'ai pas bougé!

Tout commence le 21 mai 2019. Bastien Moysan, 39 ans, se rend chez un notaire à Brest pour acheter les terres familiales qu'il exploite depuis 15 ans. Suite au décès de sa grand-mère en 2008, un conflit oppose les différents membres de sa famille et le jeune homme ne peut ni signer de bail, ni s'acquitter d'un loyer. ll attend donc que les terres soient mises en vente pour les racheter.  Mais lorsqu'il se présente à la vente par adjudication des ces biens, il découvre, à sa grande surprise, qu'il n'est pas seul. Quatre voisins sont également présents. Parmi eux, les deux plus gros exploitants agricole du coin, qui remportent les enchères en faisant s'envoler les prix. Mises en vente à 40 000 euros, les terres partiront à 100 000 euros. Une somme bien trop importante pour Bastien, qui comprend alors que sa ferme risque de disparaître, absorbée par de plus grosses.  

Dès que je mettais 500 euros, parce que c'était à coup de 500 euros, ils remettaient 500 euros. Donc de 40 000 euros, le prix est arrivé à 100 000! C'était vraiment pour me faire la peau. C'est un peu une vengeance pour eux. Mais ça c'est bien su dans le village que ça ne se faisait pas d'aller enchérir sur quelqu'un qui exploite des terres, de lui prendre sa ferme, comme ça, sans scrupules. 

Selon les chiffres du Ministère de l'Agriculture, 250 fermes disparaissent chaque semaine en France, et en 20 ans leur nombre a diminué de moitié. En Bretagne, c'est une ferme sur cinq qui aura disparue d'ici 10 ans, essentiellement des petites exploitations, au profit de gros regroupements industriels. 

Bastien Moysan élève une trentaine de cochons de race ancienne, sur sa ferme, à Daoulas (Finistère).
Bastien Moysan élève une trentaine de cochons de race ancienne, sur sa ferme, à Daoulas (Finistère). © Radio France / Charlotte Perry

Bien décidé à ne pas se laisser faire, Bastien organise donc, à la sortie de chez le notaire, une réunion publique qui rassemble 200 personnes à Daoulas. Un comité de soutien se monte et une pétition (qui recueillera 80 000 signatures) est lancée. La mobilisation citoyenne est telle que le 18 juin, la SAFER, l'organisme publique en charge de la régulation du foncier, décide de préempter les terres. Ce qui signifie qu'elle se substitue à l'acheteur, en vue de les ré-attribuer à qui de droit. Mais la vente ayant été actée à 100 000 euros, il faut désormais que Bastien réunisse cette somme afin de pouvoir prétendre au rachat des biens. 

On s'attendait pas à ce qu'il y ait tout cet écho. Si j'étais resté tout seul, je n'y serai pas arrivé. C'est grâce à la mobilisation citoyenne que j'ai un espoir de de garder mes terres.

La ferme du Guerniec, Daoulas, Finistère
La ferme du Guerniec, Daoulas, Finistère © Radio France / Charlotte Perry

Il décide alors de monter un Groupement Foncier Immobilier (GFA), une forme de société qui permet d'acheter des parts pour financer la terre collectivement . 200 personnes y participent et permettent de réunir assez rapidement la somme nécessaire au rachat. Mais l'histoire n'est pas finie: mi-mars, la SAFER doit encore acter la ré-attribution des terres, à Bastien ou à un autre candidat...

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