Originaire de Kabylie, Sadia est arrivée en France en 1962 avec ses parents. Mariée de force à 21 ans avec un homme qu'elle ne connaissait pas, elle raconte sa vie à Vénissieux: la jalousie de son mari, le travail domestique, sa jeunesse volée. Et le refus, aujourd'hui, de continuer à faire les choses comme avant.

Sadia Mokrane, chez elle, à Vénissieux. Décembre 2020
Sadia Mokrane, chez elle, à Vénissieux. Décembre 2020 © Radio France / Charlotte Perry

A 76 ans Sadia ne sait ni lire, ni écrire. Sa mère, puis son mari, l'ont empêchée d'aller à l'école pour apprendre. Pourtant elle rêve d'écrire un livre un jour pour raconter son histoire. Une histoire qu'elle partage avec beaucoup de femmes algériennes de sa génération, coincées entre l'exigence de parents omniprésents et la jalousie excessive de maris souvent plus âgé qu'elles.

Mais Sadia ne se plaint pas. Elle considère qu'elle a eut de la chance car son mari est "gentil": il ne la frappe pas, ne la prive pas d'argent, la laisse sortir pour aller au marché. Pas comme certaines autres femmes de son quartier qui n'ont pas le droit de sortir de chez elles. Et si toute sa vie elle a obéit à son mari, de crainte qu'il ne demande le divorce et la prive de ses enfants, aujourd'hui, elle n'a plus peur. 

Alors elle parle. Et avec une véhémence qui l'étonne elle-même, elle remet en question le modèle de société dans lequel elle a été élevée qui "écrase" les femmes algériennes et les prive de liberté.

On ne peut pas dire qu'on est des jeunes filles, on est des mères. La vie de jeune fille, on ne sait pas ce que c'est. Manger au restaurant, sortir avec les copains. Rien, rien, rien. Moi, je n'ai pas eu de jeunesse. Je te jure, les filles algériennes ce sont des vieilles. Même quand elles sont jeunes, elles sont vieilles. On est née vieille et on est restée vieille jusqu'à présent.

Les tours de La Démocratie, dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux, où Sadia et sa famille ont vécus pendants 18 ans, jusqu'à ce qu'elles soient démolies.
Les tours de La Démocratie, dans le quartier des Minguettes, à Vénissieux, où Sadia et sa famille ont vécus pendants 18 ans, jusqu'à ce qu'elles soient démolies. / Inconnu

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  • Laura CahenCavale (radio edit)2020
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