Jeudi 13 juin 2019, à 20h45, Boubacar, médiateur de la ville de Gennevilliers, est brutalement interpellé par la BAC de Clichy. L'interpellation est filmée et provoque l'indignation du maire qui demande une enquête. Boubacar, lui, porte plainte. Mais six mois après les faits, aucunes nouvelles. "C'est le néant".

Boubacar Dramé, à Gennevilliers. Décembre 2019.
Boubacar Dramé, à Gennevilliers. Décembre 2019. © Radio France / > Charlotte Perry/France Inter

Cela aurait pu être une banale histoire d'interpellation policière trop musclée, comme il en arrive (trop) souvent dans les quartiers populaires. Sauf que cette fois la scène a été filmée et qu'elle a provoqué l'indignation du maire de Gennevilliers, Patrice Leclerc, et de la députée de la circonscription, Elsa Faucillon. Car Boubacar, 31 ans, est médiateur de la ville depuis six ans. Un agent municipal qui "assume ses fonctions avec un grand sens des responsabilités", selon un courrier adressé au préfet des Hauts de Seine au lendemain de l'interpellation, et dans lequel Patrice Leclerc demande qu'une "enquête soit engagée sur ces faits".       

Capture écran d'une vidéo de Ali Loumassine : Boubacar Dramé, lors de l’interpellation à Gennevilliers, le 13 juin 2019
Capture écran d'une vidéo de Ali Loumassine : Boubacar Dramé, lors de l’interpellation à Gennevilliers, le 13 juin 2019 © Radio France / France Inter

Le soir du 13 juin, Boubacar discute avec un jeune lorsqu'une femme sort d'un square en pleurs. Elle lui indique que sa fille a disparu. Boubacar lui demande de prévenir la police et se rend en scooter devant le domicile de la dame pour voir si la petite fille n'y est pas retourné. Il la retrouve et la ramène à sa mère. La maman le remercie et s'en va. C'est alors que trois agents de la BAC de Clichy descendent d'une voiture banalisée pour le contrôler. Boubacar accepte le contrôle, mais le ton monte. Il est alors plaqué brutalement au sol et menotté. Une fois relevé, l'un des agents lui enfonce une clé de voiture dans les côtes, puis lui saisit les testicules et les lui écrase volontairement. Il est ensuite emmené en voiture au commissariat de Gennevilliers, d'où il ressortira 20 minutes plus tard, sans qu'une charge ne soit retenue contre lui

Il y a un avant et un après 13 juin. Là, j'ai du mal à me dire que je peux avoir confiance en la police, parce que si ce genre de comportement n'est pas sanctionné, c'est qu'il est toléré, et si c'est toléré, je me sens en danger. Et pas que moi. 

Capture écran de la vidéo de Ali Loumassine : Lors de l’interpellation du 13 juin, un policier de la BAC enfonce une clé de voiture dans les côtes de Boubacar.
Capture écran de la vidéo de Ali Loumassine : Lors de l’interpellation du 13 juin, un policier de la BAC enfonce une clé de voiture dans les côtes de Boubacar. © Radio France / France Inter

Suite à cette interpellation, le médecin a constaté un état de "stress post-traumatique", et lui a prescrit trois mois d'arrêt de travail. Boubacar a déposé deux plaintes, l'une auprès de l'IGPN, l'autre auprès du procureur de la République, dont il est sans nouvelles. Aucun des témoins qui a assisté à la scène n'a été auditionné. Depuis qu'il a déposé plainte, Boubacar a été intimidé à plusieurs reprises par des policiers dans la rue. Pourtant, il dit avoir déposé plainte "en paix".

J'ai besoin de savoir que la France n'est pas d'accord avec ce genre de choses. Ça s'est passé, c'est réel, c'est sous nos yeux. Qu'est-ce qu'on en fait? Moi c'est ça ma question.

Récemment, le président Emmanuel Macron s'est dit "bouleversé" par le film de Ladj Ly Les Misérables, qui retrace l'histoire d'une bavure policière à Montfermeil, tout près de Gennevilliers. L'histoire de Boubacar qui, elle, est bien réelle permettra-t-elle de lever un tabou et de poser la question des violences et de l'impunité policière dans les quartiers populaires ? Un prérequis indispensable pour apaiser les relations entre la police et la population.

A lire pour aller plus loin

  • L'Ordre et la Force , le rapport d’enquête de l'ACAT sur les violences policières en France ces dix dernières années qui montre qu'il existe de graves défaillances dans les enquêtes administratives et judiciaires effectuées à la suite de plaintes pour violences policières. 
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