A la fin du 19ème, des psychiatres progressistes cherchent une alternative à l'enferment des malades mentaux jugés non-dangereux. Les asiles sont pleins et les conditions de prise en charge relèvent plus de la prison que du soin. Ainsi naquit la Colonie Familiale d'Ainay le Château. Une expérience unique en France.

A Ainay-le-Château et dans les villages alentours, on accueille les malades mentaux chez l’habitant
A Ainay-le-Château et dans les villages alentours, on accueille les malades mentaux chez l’habitant © Radio France

Au départ, la colonie familiale d'Ainay le Château, dans l'Allier, était une simple annexe pour les hommes de celle de Dun-sur-Auron, dans le Cher, réservée aux femmes. Elle devint indépendante le 1er juin 1900.  Les lois policières de 1838 avaient grandement contribué à remplir les asiles de personnes qui n'y avaient pas leur place. Il fût donc décidé, à titre expérimental, d'envoyer les "aliénés tranquilles" à la campagne, avec la double motivation de "régénérer l'homme aliéné par la civilisation", et de désencombrer les asiles surpeuplés. Les beurdins (ou bredins, ainsi qu'ils étaient nommés en patois Bourbonnais), étaient logés dans des familles nourricières à Ainay et dans les campagnes alentourantes et participaient aux travaux de la ferme.    

Annie Venant accueille des patients chez elle à Lurcy-Lévis depuis 27 ans
Annie Venant accueille des patients chez elle à Lurcy-Lévis depuis 27 ans © Radio France

Aujourd'hui, plus de familles nourricières mais des Accueillants Familiaux Thérapeutiques (AFT) qui dépendent du Centre Hospitalier Spécialisé d'Ainay le Château (CHS),  et qui hébergent chez eux des patients venus des hôpitaux psychiatriques de la France entière. Annie Venant accueille des patients chez elle depuis 27 ans. Vendeuse-retoucheuse de formation, Mme Venant a suivi son mari artisan à Lucy-Lévy, à 20 km d'Ainay. Ce sont les circonstances de la vie qui l'ont amenées à faire ce métier, auquel rien ne la prédisposait. 

"On est ni médecin, ni infirmière, mais on est un peu tout le reste. On fait le ménage, la cuisine, on fait un peu le chauffeur aussi. On est à l'écoute, beaucoup, beaucoup à l'écoute. On fait la maman qui n'est plus là, ou qui est loin. Le plus grand métier du monde c'est celui-là." 

Annie avec Patrick (à gauche) et Nicolas (à droite), dans l’appartement qui leur est réservé chez Annie
Annie avec Patrick (à gauche) et Nicolas (à droite), dans l’appartement qui leur est réservé chez Annie © Radio France

Cette proximité avec les personnes atteintes de maladies mentales a permis à Annie de changer de regard sur les troubles psychiatriques. La compréhension s'est substituée à la peur, l'acceptation au rejet. Annie a élevé ses deux enfants tout en travaillant, sans que cela ne pose de problème. Mais c'est un travail 24h/24h, 7 jours sur 7, avec une possibilité de s'absenter seulement 4h. Un choix qu'Annie ne regrette pas, car les patients lui ont beaucoup apporté. Et dans cette région rurale et reculée, les patients du C.H.S représentent aussi un apport non négligeable pour l'économie et la vie locale, aux quelles ils participent pleinement.  

"Avant j'avais peur de la schizophrénie, c'est normal, avec tout ce qu'on entend à la télé. Maintenant que je connais cette maladie, je la comprends mieux. Et on n'a pas peur de ce que l'on connait. D'ailleurs, est-ce qu'il faut avoir peur des gens qui sont soignés?

En 27 ans de métier, Annie Venant n'a jamais renvoyé aucun patient de chez elle, et n'a véritablement eu peur qu'une seule fois. Et avec tout ce qu'elle a vécu, elle se dit qu'elle "pourrait presque écrire un livre!" 

A lire pour aller plus loin:  

  • Folies et représentations sociales, de Denise Jodet (1989), aux éditions PUF (disponible en PDF). Une enquête sociologique menée au début des années 70 dans la colonie familiale d'Ainay le Château. 
  • Un village pour aliénés tranquilles, de Juliette Rigondet, aux éditions Fayard  (2019). Une riche et passionnante histoire de la colonie familiale de Dun sur Auron.

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