Pour la sortie de leur nouvel album "Random Access Memories", le duo casqué de la French Touch se livre aux micros de Collin et Mauduit.

Guy Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter aux MTV video music awards en août 2013
Guy Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter aux MTV video music awards en août 2013 © Getty / Dimitrios Kambouris

Ce sont les deux héros d'une génération, celle des gamins nés dans les années 70, deux amis d'enfance, deux Français qui sont devenus notre fierté, car aujourd'hui les plus grands artistes rêvent de travailler avec eux.

Leur troisième album est sorti le 20 mai, le jour de la mort de Ray Manzarek (clavier des Doors). Peut-on voit un parallèle entre les Daft Punk et les Doors ? 

"C'est vrai que la musique des Doors, c'est un des premiers groupes qu'on a écoutés ensemble, à notre rencontre, avec Jimi Hendricks. Velvet Underground est venu ensuite. On était au collège chaque mois, on découvre des nouveaux trucs. Effectivement, cette mort m'a attristé. Ça m'a touché. J'ai un fils qui écoute beaucoup les Doors en ce moment, donc il était à fond dans tout ça. Il était très triste". 

D'où vient le nom "Daft Punk" ? Cela viendrait d'une mauvaise critique faite dans un magazine anglais Melody Maker, qui n'existe plus. Les Daft Punk racontent avoir créé un groupe avec Laurent Brancowitz de Phoenix, nommé Darling, et avoir sorti un EP sur le label Duophoniques, du groupe StéréoLab. Ils ont eu une seule critique de cet EP et le journal disait que c'était très, très mauvais. "C'était 'daft punky trash' donc 'stupide punk et que c'était à mettre à la poubelle directement'. Quand on a commencé à faire ce projet de musique électronique, Guy-Manuel et moi, on n'avait pas vraiment de nom". Mais soudain, la révélation :

Ça sonnait bien, ça faisait un peu punk, timbrées au punk stupide. C'était juste au niveau phonétique. Un truc qui claquait un peu sous la langue. 

C'est pour ça qu'on aime beaucoup les mauvaises critiques. Elles nous portent souvent chance et sont sources d'inspiration. 

Entre mélancolie et sensualité, deux robots

Les Daft Punk sont-ils devenus mélancoliques ? "Que ce soit One More Time, les suites harmoniques dans One More Time ou Around The World dans lequel la moitié de la rythmique s'en va et il y a des accords qui ne sont pas les mêmes qu'au début, qui sont assez mélancoliques et le morceau se termine de façon assez mélancolique. C'est toujours ce qui nous a intéressé dans la musique et dans la dance musique. C'est peut être une des influences de Donna Rodgers et de Chic. Finalement, une grande partie des morceaux composés par Nile sont aussi assez doux-amer où il y a une certaine joie, mais presque une joie innocente et un petit peu apocalyptique. On danse, une dernière fois. Donc, c'est ce relief et ce contraste entre la tristesse et la joie qui nous plaît. C'est ce qu'on veut, c'est ce qu'on préfère. Parce qu'on a l'impression d'arriver à exprimer une émotion en surfant un peu entre entre cette tristesse, cette joie d'être dans la joie, la joie pure, dans la tristesse et dans la lamentation, c'est un peu comme la vie. Et puis, c'est dans l'extrême. Ça devient du tragicomique un peu, mais c'est ce qui nous plaît. 

Quand on lit les papiers autour de votre dernier album, on voit apparaître régulièrement le mot sensuel, quelque chose de plus sensuel, de plus charnel. Qu'en pensez-vous ?

On a eu l'impression de continuer à faire la même musique, finalement, de continuer à faire un "One More Time" ou écrire "Around The World", mais le travail avec les musiciens permet en fait un degré infini de nuances. 

Finalement, on a une certaine délicatesse de jeu qu'on ne pouvait pas du tout imaginer ou réussi à capturer avec de la musique strictement programmée. C'est ce côté sans doute délicat qui donc peut faire un petit peu penser à une caresse. Quelque chose de tout tactile, parce que c'est de la musique faite avec les mains et donc de sensuel et charnel". 

Comment vous avez conçu cette chanson Get Lucky qui est pour le coup un inédit ? 

"Je pense que c'était. C'était un concept dont nous, on n'est pas dit. On n'est pas journaliste. On n'est pas documentariste, vraiment. On avait effectivement eu cette idée quand on a rencontré Giorgio de façon totalement aléatoire. Comme ça, il nous a contactés alors qu'on était en train de faire la musique de Thrawn à Los Angeles. On a pris un café avec lui. On a commencé à discuter de musique de fille et on est restés en contact. On est devenus amis avec lui et on a eu cette idée d'un morceau document de morceaux, biographie. On s'est dit C'est amusant de créer ce morceau autour de cette rencontre, de lui rendre hommage, mais finalement de rendre hommage à ces principes de liberté et aussi à la création musicale en général. Donc, c'est un petit peu un morceau un peu épique comme ça, mais c'est sans doute pour ça qu'on met du temps à faire des disques. C'est qu'on est toujours à la recherche d'une certaine pertinence d'explorer et d'expérimenter en essayant de se mettre dans la peau. Vraiment? Aussi de débutant, c'est à dire que ce disque là, c'est le premier disque qu'on a fait en studio, donc c'est notre premier album studio. C'était aussi une volonté de vivre quelque chose qu'on n'avait pas vécu. Mais on est toujours un peu aussi à la recherche d'une première fois. La première fois. 

Moi, j'ai envie de dire cette chanson de Giorgio Moroder. Épique. Effectivement, on pourrait l'étendre à l'ensemble de l'album. C'est un moment de vie, cet album qui ce qui s'écoute comme on regarderaient un film où il y a des images qui sont construites. Il y a une logique dans la construction de l'album. 

La logique, c'est effectivement une sorte de film musical. Mais vous parliez tout à l'heure de Kubrick, de Warhol. Nous, on est amateur d'art et on apprécie l'art de manière totalement sensuelle et sensorielle, et pas à pas intelligente. Ce n'est pas avec l'intellect que, d'une certaine façon, on est fasciné par le cinéma parce que c'est du travail d'équipe et c'est travail de toute une équipe au service d'une vision artistique. Et c'est ce que l'on a un peu essayé de faire avec ce disque. Il y a vraiment l'idée d'avoir effectivement commencé un projet et capturer ces moments capturés, essayer de capturer une magie comme comme un peu un réalisateur qui commencerait à tourner en écrivant son scénario au fur et à mesure, sans vraiment savoir où il va. 

Donc, il y avait peut être un côté un peu Terrence Malick dans la musique ou un moment. On était finalement complètement perdu dans ce processus. Mais un peu comme sur un petit bateau ou on a commencé à ramer et à voyager. Et un moment, on est aussi proche de la rive de départ que de la rive d'arrivée. On ne sait pas vraiment si on va réussir à vraiment croiser l'autre rive. 

On est à la recherche de moments uniques et de capturer ces moments uniques. 

Notre musique a toujours été faite comme ça. C'est pour ça qu'on l'a dit dans les interviews et c'est peut être difficile à comprendre. Mais on a toujours très peu travaillé avec les ordinateurs comme aujourd'hui. On utilise les ordinateurs principalement comme des bancs de montage. Un peu, mais on est un peu aller à la recherche d'une certaine performance et musicalité. On a convié toute cette équipe artistique et cette équipe technique pour essayer de construire cette expérience musicale et surtout, de prendre le maximum de plaisir à le faire et pouvoir la partager. 

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