Le médecin-explorateur a effectué plusieurs tours du monde à la voile, gravi les plus hautes montagnes dont la face nord de l'Everest, exploré les pôles Nord et Sud, à ski, en traîneau, en capsule dérivante ou en ballon... Retour sur la vie d'un explorateur en série.

Jean-Louis Etienne à Paris en 2017
Jean-Louis Etienne à Paris en 2017 © Getty / Eric Fougere/Corbis

C’est l’histoire d’un jeune médecin qui se sentait à l’étroit dans les murs de son hôpital toulousain et qui rêvait d’ailleurs et de lointain. Sur les murs de sa chambre on pouvait lire cette phrase du navigateur Bernard Moitessier : « On n’empêche pas une Mouette de prendre le large ». Nous étions en 1976 notre jeune médecin, Jean-Louis Etienne pas encore trentenaire s’apprêtait à prendre son envol. Lui qui rêvait d’aventure, va être servi : plusieurs tours du monde à la voile, puis les montagnes jusqu'à la face nord de l'Everest. 

Et bien sûr les pôles nord et sud, à ski, en traîneau, en capsule dérivante ou en ballon...

Impossible d’agrainer toutes les expéditions que l’explorateur a menées à bien, en un peu plus de 40 ans et ce n’est pas fini, la prochaine Polar Pod serait pour bientôt. Il s’agit cette fois de faire le tour de l’Antarctique à bord d’un bateau verticale porté par les courants.

  • Qu’est-ce qui fait courir Jean-Louis Etienne ?
  • Que retient-il de ces nombreuses expéditions ? 
  • Et comment a-t-il travaillé avec les scientifiques pendant toutes ces années ?

Extraits de l'entretien

La traversée du Pôle Sud

En 1989, Jean-Louis Etienne fait partie d'une expédition intergouvernementale exceptionnelle. Un Russe, un Français, un Chinois, un Américain, un Japonais, et un Anglais allaient traverser le Pôle Sud. 

Jean-Louis Etienne : "Le Pôle Sud est sur un immense plateau blanc au milieu duquel se tient une coupole. Et puis, il y a une station américaine avec une multitude de drapeaux des pays qui ont signé le traité de l'Antarctique. Mais nous étions une organisation non gouvernementale et le traité précise qu'il ne faut pas accueillir les expéditions non-gouvernementales. On avait avec nous un Chinois et un Russe. Mais les Américains avaient reçu un papier leur disant qu'ils pouvaient nous recevoir.

L'Antarctique est grand comme 28 fois la France avec 2,5 km d'épaisseur moyenne de glace.

Comme c'est un glacier, par gravité, il descend vers la mer. Et aujourd'hui, avec la montée du niveau de l'eau des océans, avec la montée de la température, il y a une érosion de la glace à la périphérie. Sur le trajet que j'ai effectué en 1989/1990, 600 km ont déjà disparu. Le plateau de glace qui était flottant a disparu. 

Il n'y avait pas de GPS ou de téléphone. Et donc je suis suivais ce qu'il se passait autour de la chute du mur grâce à ma radio. Le Russe qui était avec nous était avant de partir un habitant de l'URSS, et quand il est revenu, il était devenu simplement russe. La même année, le Dalaï-Lama a eu le Prix Nobel de la paix, et là le Chinois de l'expédition n'était pas content."

Un goût ancien pour l'aventure

JLE : "Je vivais à la campagne et j'aimais vivre dehors. A 14 ans, j'avais fait une liste de matériel à partir du catalogue d'un magasin disparu qui s'appelait La Hutte. On pouvait y acheter des tentes, des sacs de couchage, des matelas de camping pour aller camper dans les Pyrénées en hiver. J'ai toujours eu une attirance pour l'organisation de voyages, d'expéditions lointaines."

Un parcours scolaire étonnant

JLE : "J'ai d'abord suivi une formation de tourneur-fraiseur au collège technique. Puis on m'a dit de passer le bac. J'ai obtenu un bac technique. Une opportunité que je n'avais jamais imaginée. Ensuite, j'ai voulu être ingénieur des Eaux et forêts. J'avais dans l'idée de vivre dans la nature. Or on m'a dit que ces métiers consistait à gérer des stocks de bois. 

Je suis allée vers la médecine parce que j'aimais les sciences naturelles. J'avais un désir d'implication sociale et ça a été la médecine."

Avant l'expédition, la rencontre avec Tabarly

En 1977, l'explorateur embarque sur Pen Duick VI avec Eric Tabarly. Il explique que cela s'est fait par hasard. 

JLE : "J'avais envie de naviguer. Je rentrais du Fitz Roy, un sommet magnifique en Patagonie. Je faisais une escale à Rio. Je voyais tous ces bateaux de course. J'ai proposé mes services de médecin à quelques bateaux de course qui rentraient en Europe. Ils ont refusé, mais ils m'ont dit que Tabarly allait faire une course autour du monde, et qu'il prenait des médecin. Il n'était pas là. Cela m'arrangeait un peu, j'avais l'impression de m'être déjà un peu bousculé. 

A l'aéroport de Rio, je vois Eric Tabarly. Il était tellement sollicité. Tout le monde voulait embarquer avec lui. Il croyait que j'étais marin : "Non, je suis médecin et je suis alpiniste". 

Là, j'ai ouvert une brèche dans son écoute. J'avais un profil atypique. J'étais interne en chirurgie. Je me suis défendu : "je suis sportif et j'aurai du temps à consacrer. Et j'ai très envie de naviguer."

Il m'a écrit un an après alors j'étais revenu à la fac."

La suite à écouter....

Avec Jean-Louis Etienne, médecin et explorateur. Son site, c'est ici et les détails de son projet POLAR POD, ici 

Ses livres :  

En fin d'émission 

Rencontre avec Elodie Arrault qui a entrepris fin août 2019, avec Dominique Bleichner, de s’embarquer sur un radeau fait de matériaux de récupération dans le banc d’Arguin au sud de la Mauritanie. Ils sont partis du lieu d’échouage en 1816 de la célèbre frégate La Méduse, pour relier en dérivant le cap Timiris (situé à 80 km au Sud-Ouest). 

Programmation musicale : 

  • Sit around and miss you, The Black Keys (2019)
  • Head in the snow, Asgeir (2014) 
  • Bovary, Clara Luciani (2019) 

La page Facebook de l'émission c'est ici 

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