Au fil des années l’astrophysicien s’est fait une place à part dans le cœur des Français. Nous sommes nombreux à éprouver un profond respect et une infinie tendresse à l’égard de ce scientifique humaniste aux allures de grand sage qui nous a ouvert une fenêtre sur le cosmos et nous a rapprochés des étoiles.

Hubert Reeves, son parcours, ses travaux d'astrophysicien des années 1950' à nos jours
Hubert Reeves, son parcours, ses travaux d'astrophysicien des années 1950' à nos jours © Getty / Daniel SIMON / Contributeur

Cela fait des décennies qu’il nous raconte de sa voix douce et paisible des histoires de poussières d’étoiles, de nuages cosmiques et de galaxie lointaines. Hubert Reeves a passé sa vie à essayer de comprendre les mystères de l’Univers et à partager ses connaissances avec le grand public. L’envie d’apprendre et de transmettre ne l’ont jamais quitté. Et nous ne nous sommes jamais lassés de l’écouter et de le lire.

Dans un livre récemment paru aux éditions du Seuil, Hubert Reeves répond aux questions de l’éditrice Sophie Lhuillier qui l’invite à revenir sur son parcours, ses découvertes, ses passions et son engagement pour l’écologie. 

Retrouvez ci-dessous des extraits de l'entretien

Un livre qui a changé sa vie : "l'Encyclopédie de la jeunesse"

Il explique : "Comme on était de milieu très modeste, mon père l'avait acheté d'occasion à un de ses amis. Douze volumes dans lesquels il y avait de tout : de l'ethnologie, de l'astronomie, de la physique, des romans, des contes de fées. J'ai passé des heures merveilleuses dans ces douze volumes". 

Très jeune, Hubert Reeves construit un petit télescope

Hubert Reeves raconte : c'était "un bon télescope fait dans un tuyau de poêle avec un miroir qu'un ami et moi avions nous-mêmes argenté. C'était pas génial, enfin bon, on pouvait voir Jupiter et ses satellites, mais ça bougeait beaucoup quand il y avait du vent"

Comment Hubert Reeves est devenu astrophysicien

"D'abord, je voulais étudier la nature, c'était ma passion. J'avais le choix : je pouvais apprendre la biologie ou la physique. Et j'aurais préféré la biologie mais j'avais beaucoup de goût pour les mathématiques et à cette époque, il n'y avait pas de très belles mathématiques en biologie comme il y en a en physique, avec la magnifique théorie d'Einstein. Donc, j'ai choisi de prendre la physique. 

Et puis j'ai plus tard, j'ai eu la chance, aux Etats-Unis, d'entrer dans un département où on utilisait ce qui s'appelle l'astrophysique nucléaire, c'est-à-dire que le soleil, les étoiles sont des réacteurs nucléaires, donc c'était à la fois de l'astronomie et de la physique. Et donc, c'est pour ça que j'ai posé comme spécialité l'astrophysique nucléaire, le big bang, les étoiles, tout ça".

Son premier grand sujet de recherche : la nucléosynthèse

Qu'est-ce que la nucléosynthèse ? Hubert Reeves explique : "Nous sommes familiers avec le fait qu'il y a des atomes de carbones, d'azote, d'oxygène, de fer, d'or… Il y a des atomes partout. La question ne se posait pas jusqu'au XIXe siècle : d'où viennent les atomes ? Qui a fabriqué les atomes ? Comment se fait-il qu'il y a des atomes dans notre univers ? C'est grâce à la découverte de la physique nucléaire qu'on a pu comprendre comment des atomes avaient pu se former."

Comprendre, aussi, qu' "il n'y en avait pas au début du cosmos", et que "pour faire des atomes et des réactions nucléaires, il faut beaucoup d'énergie. Et où est-ce qu'il fait chaud dans l'univers ? Dans les étoiles. Le Soleil fait 15 millions de degrés. Dans certaines étoiles, il fait 100 millions et même, on atteint plusieurs centaines de millions de degrés. A cette température, les éléments se transforment les uns en les autres. 

Vers les années 1950, quand j'ai commencé à faire mon doctorat, on avait l'idée que les atomes viennent des étoiles, mais il fallait dire de quelles étoiles […] On connaît la table de Mendeleïev qu'on apprend à l'école. Il s'agissait de pouvoir identifier et dire quel type d'atomes provenaient de quels types d'étoiles. Ça, ça s'est développé tout le long du XXe siècle, maintenant c'est à peu près bien connu. Il y a quelques éléments dont on ne connaît pas encore l'origine, et en particulier l'uranium.". 

Hubert Reeves et la théorie du Big bang

Cette théorie existait avant qu'Hubert Reeves ne se penche sur la question, mais elle n'était pas prise au sérieux : "Il y avait quelques preuves, mais qui n'était pas vraiment très fortes, de sorte qu'il était ordinaire que les astrophysiciens en doutent. 

Et ça, ça a changé complètement en 1964 65, quand, par hasard, des ingénieurs aux Etats-Unis ont découvert ce qu'on appelle le rayonnement fossile, c'est-à-dire qu'il y a dans tout l'univers, réparti uniformément, un rayonnement lumineux de très faible énergie, très faible température. On a pu montrer de façon crédible que c'est le reste de la splendeur des premiers temps, ce qu'on appelle le Big bang. 

C'est-à-dire l'idée que l'univers est né dans une espèce de, je n'aime pas le mot explosion mais il y a un peu de ça, une espèce de flash, un big bang. Cela a projeté dans l'univers une température extraordinaire, bien au-delà de ce que font les étoiles. 

L'histoire de l'univers, c'est ce qui se passe depuis ce temps là : cet univers se refroidit, les galaxies s'éloignent les unes des autres (ce qu'on appelle l'expansion), le ciel devient de plus en plus noir. 

Le thème de la théorie du Big bang, c'est ce qui nous a permis de découvrir cette chose fondamentale : c'est que l'univers a une histoire (ce dont on doutait depuis Aristote). Il y a un début. Qu'est-ce qu'il y avait avant ? On n'en sait rien".

Le Big bang, c'est une frontière au-delà de laquelle on ne peut pas remonter.

En science, on veut toujours des preuves, on est très pragmatique sur ce plan. Ce que vous pouvez prouver, c'est que l'univers existe depuis au moins 14 milliards d'années. Ce qu'il y avait avant ? S'il y avait même du temps avant ? On ne sait pas". 

Quand on regarde l'espace, on regarde le passé

"On voit l'univers tel qu'il était. Par exemple, si vous regardez à un milliard d'années lumière, vous voyez l'univers tel qu'il était il y a un milliard d'années - simplement parce que la lumière a mis un milliard d'années à vous joindre".

Daniel Fiévet résume :

L'astrophysique, c'est la seule discipline qui se paie le luxe d'avoir une machine à remonter le temps actuellement. 

Hubert Reeves renchérit : "La lumière qui nous paraît voyager très vite, 300 000 km / s, une seconde pour aller à la Lune, ça a l'air très rapide. Mais à l'échelle des dimensions de l'univers, la lumière va lentement". 

Hubert Reeves, vulgarisateur scientifique

Hubert Reeves se souvient de son premier livre de vulgarisation, "Patience dans l'azur", en 1980. Quand j'ai écrit ce livre, j'ai cherché un éditeur. J'ai vu trente maisons d'édition qui m'ont dit "L'astronomie n'intéresse personne". J'allais le remettre dans le tiroir lorsqu'il a été pris par les Éditions du Seuil

Après, grâce à Pivot en particulier  [et son émission Apostrophes en 1981], ça a marché [...] À partir de là, j'ai eu beaucoup de courriers de lecteurs qui me demandaient des questions, de développer d'autres points, alors j'ai écrit d'autres livres." 

La suite à écouter !

Pour aller plus loin 

Petite séquence 

Avec Jean-François Ghiglione, écotoxicologue, directeur de recherche au CNRS à l'Observatoire océanologique de Banyuls-sur-mer et responsable scientifique de la mission microplastiques de la fondation Tara Ocean.

► Voici la vidéo de la mission microplastiques 2019 de la fondation Tara

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