Yassaman Montazami gf
Yassaman Montazami gf © Radio France / Laurence Lamoulie

Elle a énoncé la première phrase d’EclectiK sans un accroc, sans une reprise : Yassaman Montazami sait se tenir. C’est une femme, c’est une mère, c’est une compagne, c’est une psychologue et c’est un écrivain.

Ça lui ferait drôle ce dernier mot pour parler d’elle si elle écoutait. Et pourtant, comment dit-on quand on a un livre entre les mains avec dessus, son nom à elle, et où on peut lire en 4ème de couverture : « Yassaman Montazami, qui vit en France depuis 1974 est née à Téhéran en 1971. Docteur en psychologie, elle a travaillé de nombreuses années auprès de réfugiés politiques. Elle exerce actuellement en milieu hospitalier. »

Et donc Yassaman Montazami écrit. Un premier roman qui s’intitule"Le meilleur des jours", publié chez Sabine Wespieser éditeur. Cette expression, le meilleur des jours , c’est la traduction française du prénom de son père. En persan, il s’appelait Behrouz. Et Yassaman Montazami raconte cet homme qui noircit des milliers et des milliers de pages… qu’il n’a jamais publiées, qui se lançait dans un canard à l’orange dès 4h du mat’, et qui croyait en Karl Marx. Un père qui n’avait jamais travaillé de sa vie en affirmant : « on ne peut œuvrer à l’abolition du salariat et être salarié – c’est incompatible ».

C’est engageant hein ?

Le meilleur des jours est donc l’histoire d’une fille, d’un père qui fut un fils et d’une époque. L’époque où les Iraniens se sont mis à fuir leur pays au tout début des années 80 après la mise en place de la République islamique.

Nous étions installées dans son salon. Elle a offert des cigarettes retenues par un élastique dans un étui qui brille. Elle avait croisé ses jambes et elle me regardait inquiète. Quand j’ai dit, « c’est une photo de votre père là bas, on peut la prendre ? » Elle a été encore plus inquiète. Elle s’est levée. Et cette photo, elle l’a prise.

R. MANZONI

« Karl Marx et mon père avaient un point commun : ils ne travaillèrent jamais pour gagner leur vie. Les vrais révolutionnaires ne travaillent pas", affirmait mon père. Cet état de fait lui paraissait logique : on ne pouvait œuvrer à l’abolition du salariat et être salarié – c’était incompatible. » Y. M

La minute de solitude de Yassaman Montazami :

Le meilleur des jours Montazami
Le meilleur des jours Montazami © Radio France

Le Meilleur des jours , 1er roman de Yassaman Montazami, chez Sabine Wespieser.

Après la mort de son père, Yassaman Montazami se réfugie dans l’écriture pour tenter de garder vive la mémoire de ce personnage hors norme. La drôlerie et la cocasserie des souvenirs atténuent peu à peu l’immense chagrin causé par sa perte.Né avant terme, condamné puis miraculé, l’enfant adulé par sa mère, qui jamais ne lui refusa rien, fut nommé Behrouz – en persan : « le meilleur des jours » –, un prénom prédestiné pour un futur idéaliste épris de justice et un pitre incapable de prendre la vie au sérieux.Envoyé en France pour y poursuivre des études qu’il n’achèvera jamais, il participe à sa manière aux événements révolutionnaires de 1979, au cours desquels l’Iran bascule de la monarchie à la République islamique, en faisant de son appartement parisien un refuge pour les Iraniens en exil. Leurs chassés-croisés entre Paris et Téhéran donnent à l’auteur l’occasion de brosser une multitude de personnages improbables et issus des milieux les plus divers : une épouse de colonel en fuite, fanatique d’Autant en emporte le vent , un poète libertin, mystique et interdit de publication, un révolutionnaire maoïste enfermé à la prison d’Evin, et même un ancien chef d’entreprise devenu opiomane.Évocation d’un monde aujourd’hui disparu, ce premier roman frappe par sa maîtrise et par l’acuité de son trait.

Au cours de l'émission vous avez pu entendre:

  • Une lecture d'un extrait du roman de Delphine de Vigan: "Rien ne s'oppose à la nuit " par Guillaume Gallienne (Ca peut pas faire de mal)

  • Une archive Ina, extraite du magazine de la rédaction de France Inter "Vécu" , (mars 1979) autour de la Révolution islamique iranienne : la deception de l'Intelligentsia

  • Un extrait du film d'animation Persepolis (2007) de Vincent Paronnaud et Marjane Satrapi adapté de la BD autobiographique de Marjane Satrapi. (Disponible en dvd)
Persépolis (film d'animation)
Persépolis (film d'animation) © Radio France

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Sabine Wespieser

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