Patricia Petibon reçoit Perrine Malinge entre deux répétitions de l'opéra de Philippe Boesmans “Au monde”. La soprano se livre sur son métier qui ressemble souvent à une passion dévorante.

Patricia Petibon
Patricia Petibon © Felix Broede / Deutsche Grammophon

Patricia Petibon, diva en jean et tee-shirt, reçoit pendant une heure dans son appartement peuplé d’instruments exotiques et décoré aux couleurs du Mexique.

Patricia Petibon, une soprano farceuse

Patricia Petibon n’a peur de rien et se donne corps et âme à son métier. Elle affronte des rôles difficiles comme celui de Lulu d’Alban Berg monté par Olivier Py. Prouesse physique et technique, ce rôle a failli la dévorer. Elle ne craint pas de bousculer les codes tacites du monde du chant lyrique. Pourtant, la discipline et l’exigence n’interdisent pas l’humour. Soprano atypique, elle aime introduire des moments de “farce” dans ses récitals de musique classique.

Perrine Malinge à l’écoute de Patricia Petibon 

Debout là-dedans ! Place au chant ce matin avec Patricia Petibon. Chanteuse d'opéra ! On aurait pu dire chanteuse lyrique … Ou DIVA. Mais évidemment ça peut sonner Castafiore. 

Patricia Petibon, au contraire, serait plutôt du genre météorite qui bouscule tout sur son passage. Est-ce parce qu’elle s’est un temps rêvée cosmonaute ?

En tous cas, avec sa chevelure rousse chatoyante, ses tenues colorées de pied en cap, et son petit air mutin, elle vous emporte dans son tourbillon. 

Son terrain d'exploration : la voix. La sienne lui ouvre des contrées imaginaires, tantôt furie tantôt lutin. Ses origines : une part italienne, dans laquelle le goût du chant semble se transmettre naturellement de grand-mère en mère en fille ; et une partie bretonne : la mer et l’esprit d’aventure. Son credo : "il faut savoir risquer."

Elle joue donc des grands écarts et s’attaque à des montagnes : Mozart son chouchou, Lulu d’Alban Berg ; Francis Poulenc à l’honneur dans son dernier disque ; la scène avec un Dialogues des carmélites remarqué (mis en scène par Olivier Py). Ou les compositeurs espagnols qu’elle adore comme Manuel de Falla, compositeur du début du 20ème siècle.

Travail de la scène, récital, masterclass. Et pourtant : "Je suis une lymphatique". Elle pourrait rester des jours entiers sur son canapé à ne rien faire, dit-elle. Ce matin-là, sur son canapé, elle était en jean et T-shirt blanc (et chaussons). 

Un intérieur plutôt baroque. Un univers farfelu. De petits instruments cachés dans tous les recoins. Grelots d’Amérique du sud. Cloche de Ouessant. Cymbales chinoises. Pas trop de place pour le silence avec Patricia Petibon. 

Derrière la fantaisie qui la caractérise, on ne peut pas s’empêcher de deviner une certaine mélancolie. Le comique et le tragique, comme les deux extrêmes de la voix. 

Avec un immense sourire, elle nous attend sur son palier.

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