Natalie Dessay répond aux questions de Rebecca Manzoni, entre deux répétitions de "La Fille du régiment " de Donizetti, mise en scène par Laurent Pelly. La soprano se livre sans fausse pudeur sur son métier et ses failles dont elle a fait une force.

Natalie Dessay portrait
Natalie Dessay portrait © Simon Fowler

Natalie Dessay attend Rebecca Manzoni dans sa loge de l’Opéra Bastille, à Paris. Vive et directe, la soprano ne sait pas faire les choses à moitié. Dans la vie comme sur scène.

Natalie Dessay, la scène pour passion 

La première fois que Natalie Dessay est allée à l’opéra, elle a trouvé ça “horriblement chiant”. Mais Natalie Dessay sait une chose depuis toujours : elle veut monter sur scène. Sa voix sera son sésame. Une fois sur scène, plus rien n’arrête la soprano. Elle donne tout. Elle donne "trop", dit-elle. Son perfectionnisme la mène parfois au désespoir. Puis, viennent les problèmes vocaux. Dans le milieu des chanteurs, un problème vocal est une honte. Elle brise le tabou. Elle en parle. Elle en est fière : ces “cicatrices invisibles” sont ses “blessures de guerre”. Le meilleur moment ? C’est maintenant. La soprano n’a plus rien à prouver, juste à se demander comment elle peut servir au mieux cette musique magnifique.

Rebecca Manzoni entre au cœur du cyclone Natalie Dessay 

Si je travaillais à l’opéra – rassurez-vous, ça n’arrivera jamais – sur le passage d’une femme aux cheveux courts et au pas décidé, je ne pourrais m’empêcher de dire en douce « C’est Natalie Dessay ! », en donnant un coup de coude aux collègues. 

Natalie Dessay, immense cantatrice-actrice, deux mots accolés et indissociables tant cette femme ne se contente pas de sa virtuosité vocale pour la scène. 

Dans les couloirs de l’opéra Bastille, je marchais un peu en retrait et la regardais avancer vite, en baskets et salopette noires, disant à un jeune homme un peu intimidé : «Ben pourquoi vous ne montez pas dans l’ascenseur avec nous ? Y’a plein de place !» 

L’Opéra Bastille, elle y est en ce moment pour chanter et jouer "La Fille du régiment " de Donizetti, mise en scène de Laurent Pelly. Et la semaine prochaine, Natalie Dessay est au cinéma dans un documentaire de Philippe Béziat qui s’intitule Traviata et nous. C’est l’histoire d’un metteur en scène, Jean-François Sivadier, d’un chef d’orchestre, Louis Langrée, de chanteurs, Natalie Dessay et ses collègues qui montent tous ensemble La Traviata de Verdi. Et il y a un côté assez fantastique dans cette aventure-là : l’enjeu d’un geste, d’un souffle, d’un état d’esprit quand on joue une partition pareille. Tout est important, sans que les principaux protagonistes en fassent un fromage. C’est d’ailleurs cette simplicité-là qui touche aussi, pour une discipline comme l’opéra, dont l’image est encore élitiste. 

Retour à l’Opéra Bastille, première à gauche, deuxième à droite, Natalie Dessay pousse la porte de sa loge. Je prends le temps de regarder l’endroit et très vite, elle est assise sur un tabouret, bien droite, les deux mains sur les cuisses, comme si elle disait : « Bon … on y va ? » 

Enlever son manteau rapido. Relire ses notes à toute berzingue. Sortie du micro précipitée. C’est parti !

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