Le dernier livre de David Joy," Ce lien entre nous" (éditions Sonatine) dresse un portrait du Dirty South et de la jeunesse marginale du Sud des Etats-Unis. Bien loin des clichés et des représentations fantasmées, on y découvre dans ce roman noir une Amérique austère et violente qui lutte pour survivre.

David Joy n'a que 36 ans mais est l'un des écrivains américains les plus brillants de sa génération. Il vit dans les Blue Ridge Moutains et raconte comme personne sa région qui semble figée dans le temps. C’est un de ces contés américains où l'on ne croise que des Blancs, le drapeau confédéré (le fameux Dixie Flag) et pas un policier. On y vote majoritairement républicain mais curieusement Trump n’y est pas si populaire : il représente l’administration centrale, dont tout le monde est convaincu qu’elle a oublié cette région où le chômage continue de faire des ravages. Douze ans plus tard, c'est comme si la crise des subprimes durait encore.

C’est un endroit que les jeunes rêvent de quitter mais ne parviennent jamais à quitter. Où les femmes sont destinées à devenir des épouses et des mères et finissent souvent par divorcer à vingt ans avant de devoir se résigner à travailler dans des stations-services ou des bars miteux. Il faut ajouter au tableau la présence massive de vétérans des guerres d’Irak et d’Afghanistan, encore jeunes , fracassés, accros aux amphètes, logés dans des mobile home de fortune : voilà ce que vous ne verrez jamais aux JT et que raconte David Joy dans ses livres. Lui-même vit en dehors de la ville la plus proche, il porte en permanence un 9 mn, même quand il est seul chez lui ou qu’il reçoit ses amis, c’est une question d’éducation, explique-t-il, et de tradition, et n’espérez pas qu’il se débarrassera de son arme quand il vous offrira un verre ou vous emmènera au bar du coin. Comme beaucoup dans cette région, il chasse. Pas par goût mais par nécessité, pour se nourrir. Tout simplement parce que plus grand monde n’a les moyens d’aller faire ses courses au supermarché du coin. Et c’est comme ça que débute son nouveau roman, une perle noire.

Voici l’histoire. Un jour, par accident, un jeune garçon qui braconne pour se nourrir, tue un homme. Il panique et appelle à l’aide son ami d’enfance pour enterrer le corps, de façon à ce qu’il ne soit jamais retrouvé. Mais c’est compter sans le frère de la victime, un marginal que tout le monde évite depuis toujours, qui a vite fait de remonter la piste et entend bien venger son frère. Pour les deux amis, le cauchemar ne fait que commencer. « Quand un homme a quelque chose à perdre, nous dit David Joy,  ça change la donne. Tu trouves quelque chose qu’un homme aime plus que lui-même, et tu peux lui faire faire à peu près n’importe quoi. » Alors, soyons clairs : quand un roman noir est réussi, il est le miroir tendu au monde actuel. « Pour qui êtes-vous prêt à donner votre vie ? Tant qu’un homme ne le sait pas, il ne sait rien. », conclut David Joy. Ce roman raconte ces jeunes qui n’ont pas vraiment d’autre choix que d’apprendre à s’adapter à la dureté du monde et ça ne peut se faire, aux Etats-Unis, qu’en rejoignant les marges. On pense bien sûr à Cormac McCarthy, influence majeure de Joy, mais un McCarthy transposé dans cette région oubliée des puissants : les Blue Ridge Mountains, véritable bombe à retardement, que je vous invite à visiter grâce à ce roman inoubliable.

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