Cette semaine, le livre de Richard Powers auréolé d'un prix Pulitzer, « L'Arbre-Monde », est à l'honneur. Un roman qui propose une alternative à la vision trumpienne de l'environnement, selon laquelle la nature est au service de l'homme...

Richard Powers est un cas à part. C’est l’écrivain le plus éclectique d’Amérique. Son œuvre, c'est une sorte d’encyclopédie des savoirs mis en roman, et en même temps un condensé de l’histoire des tabous qui rongent les Etats-Unis. Il a écrit des romans sur l’intelligence artificielle, sur les neurosciences, sur la pilule du bonheur ou encore sur les mondes virtuels et maintenant sur les arbres. 

Aux Etats-Unis, Richard Powers a déjà remporté le National Book Award, qui est un peu l’équivalent en terme de prestige, du prix Goncourt en France, et l’an dernier il a reçu le Prix Pulitzer pour ce roman, « L’arbre monde » qui, me semble-t-il, permet de mesurer l’ampleur de la catastrophe écologique actuelle et qui résonne comme un défi lancé par la littérature à la politique de Donald Trump en matière d’écologie. 

Un roman dont il a débuté l’écriture avant l’élection de Donald Trump, mais dont il a complètement modifié l’intrigue lorsque ce dernier a été élu. Et voici pourquoi : à peine investi il y a 3 ans, souvenez-vous, Donald Trump s’est lancé dans une nouvelle croisade : les grands espaces. C'est trop vaste, il y en a trop, et puis surtout ils sont trop peu exploités. 

Trump a donc multiplié les décisions qui montrent à quel point sa politique est aussi une entreprise de démolition de l’héritage environnemental américain : il y a eu la construction d’un oléoduc géant qui va du Texas au Montana, l'amputation de moitié de deux monuments nationaux situés dans l’Utah, sans parler de l’exploitation de terres inviolées dans le Wyoming ou en Californie après qu’on a découvert qu’elles regorgent de pétrole et de gaz de schiste… 

Donald Trump se veut le porte-parole de cette société de consommation qui entend offrir tout et n’importe quoi à qui le demande, qui pense que la nature est au service de l’homme.  « L’arbre-monde » de Richard Powers, que vous trouverez en poche chez 10/18, c'est le roman qui propose des alternatives à cette vision du monde. C’est un roman-symphonie qui met en scène 9 personnages très différents mais dont la vie est à un moment percutée par la nature. 

Tous découvrent le pouvoir des arbres. Bien sûr, la façon dont ils communiquent entre eux, mais pas seulement.

C’est un roman prodigieux, très éloigné des discours moralisateurs, et qui ne vous donnera qu’une seule envie : foncer dans une forêt, et, accessoirement, dans l’une de ces forêts primaires des Etats-Unis, aujourd’hui menacées, que décrit Richard Powers.

Richard Powers vit désormais au cœur des Smoky Mountains. Au sud des Appalaches, dans le Tennessee et en Caroline du Nord, c’est le seul parc naturel gratuit des Etats-Unis, la dernière forêt primaire de ce pays, il s’étend sur 200 kilomètres de long, et sur 90 de large. Quand on parle aux Américains des Smoky Mountains, généralement ils vous répondent par une chanson, « 9 to 5 » de Dolly Parton, la chanteuse de country music aux 100 millions d’albums vendus, qui est l’icône de l’Amérique blanche du Sud profond où nous nous trouvons, ce Tennessee qui a voté Trump à 60%. Elle en est originaire et la principale porte d’entrée dans le parc est devenu un DollyLand kitsch. 

Mais si vous vous enfoncez dans ce parc, vous trouvez la cabane de Richard Powers au beau milieu de la forêt, et il vous entraîne dans des randonnées sur ces terres qui furent autrefois celles des indiens cherokees et dont on parle dans son livre. Il y a là ce qu’on appelle la Piste des Larmes, ce sentier par lequel les blancs déportèrent les Indiens en 1830 sur ordre du président Andrew Jackson – Andrew Jackson dont je rappelle que Trump a récemment déclaré qu’il fut le plus grand des présidents américains. 

Que nous raconte Richard Powers, au juste, dans « L’arbre-monde » ? Eh bien que les arbres se façonnent mutuellement, élèvent des oiseaux, fixent le carbone, purifient l’eau, filtrent les poisons du sol, stabilisent le microclimat. Si on les unit, on finit par obtenir quelque chose qui possède une volonté propre et s’appelle la forêt. Or il y avait, il y a encore un siècle, quatre grandes forêts sur le continent nord-américain. Chacune a été détruite en quelques décennies. 

Aujourd’hui les arbres sont en train de disparaître aux Etats-Unis au rythme de cent terrains de foot par jour. Quand vous refermez ce roman étourdissant et dont la chute, dont je ne dirai rien, est sublime, vous vous demandez quand même comment l’intelligence suprême sur cette planète a bien pu découvrir le calcul intégral, les algorithmes et les  lois de la gravité avant de savoir à quoi servait un arbre.

L’arbre-monde, de Richard Powers, c’est un roman publié en poche chez 10/18.

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