Sébastien Chenu, porte-parole du RN, candidat des régionales tête de liste RN dans les Hauts-de-France et député RN du Nord, est l'invité de 8h30.

Sébastien Chenu
Sébastien Chenu © AFP / Célia Consolini / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Sur l’échec dans les Hauts-de-France, Sébastien Chenu se rassure : "Évidemment le score n’est pas celui qu’on attendait, mais à partir du moment où l’abstention a été si importante dans le pays et dans cette région, personne ne peut ce matin bomber le torse et il serait malvenu de le faire. Nous avons assisté à une abstention énorme, jamais connue à une élection de ce type dans la Ve République, et à une prime aux sortants, quelle que soit la couleur politique du sortant."

"Ce sont les plus jeunes et les catégories les plus populaires qui se sont majoritairement abstenus", constate-t-il. "Une étude montre que 73 % des électeurs du Rassemblement national ne sont pas allés voter. Je vois deux types d’explication : la première, c’est que beaucoup d’électeurs n’ont pas compris l’utilité de cette élection régionale, de ce qu’est la région pour faire changer leur vie, et à partir du moment où l’on ne comprend pas l’enjeu du scrutin, on ne se déplace pas. La deuxième explication, c’est une forme de résignation : à quoi bon se déplacer puisque rien ne changera avec cette élection ?"

"Saisissez-vous de votre bulletin de vote, sinon rien ne change jamais"

Pour lui, Marine Le Pen "a raison" de lancer un appel à la mobilisation de ses électeurs au second tour : "On a un socle électoral qui est fort. On sait qu’on a beaucoup d’électeurs qui attendent et qui espèrent de nous partout dans la région, il faut leur dire de se bouger et de se mobiliser. Vous pouvez, et vous avez raison, ne pas être contents de la politique qui est menée au niveau national par Emmanuel Macron, vous pouvez penser que Macron/Bertrand dans les Hauts-de-France, ou les Républicains soutenus par En Marche dans tous les territoires font la même politique. Vous avez raison de le penser ! Mais maintenant, il y a une élection, donc saisissez-vous de votre bulletin de vote, sinon rien ne change jamais. Cet appel à mobiliser est essentiel."

"Lorsque les gens voient la nationalisation du scrutin, comme avec Xavier Bertrand qui dit qu’il va aller s’occuper de l’élection présidentielle dès qu’il sera réélu, ou l’arrivée de 5 ministres qui n’avaient pas une seule proposition dans la région, ils ne sentent pas impliqués, ils se disent “tout ça n’est pas pour nous”. Demain, ça va être savoureux : Emmanuel Macron va aller voter pour Xavier Bertrand au Touquet : il y a un aspect ridicule dans tout cela, comment ne pas dégoûter les électeurs ?"

"Pour qu’il y ait front républicain, il faudrait qu’il y ait une menace sur la République : je ne la vois pas", assure Sébastien Chenu. "Mais ces gens font semblant de se combattre alors qu’ils mènent les mêmes politiques, qu’ils ont les mêmes options. Ce n’est pas très grave, mais encore faut-il qu’ils l’assument !"

"Éric Dupond-Moretti voulait chasser le RN, il va repartir à Paris avec ses 8 % dans la poche"

Il estime que la situation est très différente par rapport aux dernières régionales : "Il y a six ans, nous étions en tête dans une majorité de régions, et nous n’en avions remporté aucune. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas, nous sommes en tête en PACA et seconds dans une majorité de régions. Nous pouvons en emporter dimanche prochain. Les résultats doivent être lus à la lumière de ce qu’est aujourd’hui la vie politique : le parti du président de la République ne fait même pas 10 % dans une majorité de régions ! Les équilibres changent et les résultats pourraient changer dimanche prochain. Quand vous voyez Éric Dupond-Moretti qui voulait chasser le RN, il va repartir à Paris avec ses 8 % dans la poche. Le shéma d’il y a six ans ne correspond pas à celui d’aujourd’hui, nous sommes donc tout à fait en capacité de remporter des régions dimanche prochain, à la condition que nos électeurs se bougent et se réveillent !"

"Je crois que les deux grands partis représentés par Marine Le Pen et Emmanuel Macron ne sont pas les vainqueurs de cette élection régionale au premier tour, mais ils pourraient se retrouver à la présidentielle. Ce sont des élections intermédiaires, dans lesquelles il y a des primes aux sortants, personne ne croit sérieusement que les Républicains et le Parti socialiste représentent l’avenir et vont se retrouver à l’élection présidentielle et que leur candidat sera élu. Ils peuvent continuer à se regarder dans le miroir et penser qu’ils ne sont pas morts au milieu d’un océan d’abstention."

Y'a-t-il un plafond de verre que le RN n'arrive pas à surmonter ? "On a gagné des villes, notamment une de plus de 100.000 habitants : nous avons fait sauter le plafond de verre aux municipales, aux départementales, aux législatives, aux sénatoriales, aux européennes… Je pense que nous allons réussir à le faire sauter aux régionales."

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