Alors que des Jeux olympiques de Tokyo 2020 devraient normalement battre leur plein, en consolation, en voici l'histoire compensatoire.

Un archer s’apprête à allumer la flamme
Un archer s’apprête à allumer la flamme © AFP

Le 25 juillet 1992, sous le ciel étoilé de la Catalogne, au stade olympique du parc de Montjuïc à Barcelone, la cérémonie d'ouverture des 25èmes Olympiades de l'ère moderne s'apprête à illuminer la nuit de ses artifices. Il ne manque presque personne, excepté le chanteur britannique Freddie Mercury, mort du sida au mois de novembre précédent. Il aurait dû être là, au cœur de cette soirée, pour entonner Barcelona avec la cantatrice espagnole Montserrat Caballé. Ceci dit, son âme fantasque ne devait pas être très loin tant cette cérémonie fut un show grandiose et inoubliable, à l'image de ces olympiades restées gravées dans les mémoires.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

À l'été 1992 débarquent à Barcelone 172 délégations étrangères pour participer à ces Jeux olympiques d'une ère nouvelle. Ère nouvelle, car c'est la première fois depuis très longtemps qu'aucun boycott olympique ne pèse sur la participation de certains athlètes. Et pour cause. En quelques mois, l'apartheid a été aboli en Afrique du Sud. Le mur est tombé à Berlin. Les deux Allemagne sont réunies, les républiques soviétiques se sont disloquées et même si la Yougoslavie s'entre-déchire dans une guerre ethnique, le Comité d'Organisation Olympique aspire à être au diapason du temps présent, c'est à dire d'assister à une olympiade apaisée, humaniste, en écho à ce que certains appelaient à l'époque : la fin de l'histoire.

Barcelone, ville méprisée par Franco pour son esprit rebelle. Cité longtemps abandonnée à sa misère, elle s'apprête donc à couronner sa renaissance à la fin juillet 1992.

La fin de l'amateurisme olympique

-Les basketteurs américains ont fait rêver les foules durant ces Jeux Olympiques de Barcelone, c'est indéniable, mais ils incarnent aussi le revers de la médaille. Ces garslà, Magic Johnson, Michael Jordan, Charles Barkley ou encore Patrick Ewing n'étaient pas des amateurs, mais des professionnels du sport. Et même si ces Jeux de Barcelone sont restés comme peut être les plus réussis et les plus jubilatoires de l'ère moderne, il n'en demeure pas moins non plus qu'ils ont signé la fin de l'amateurisme olympique. Et surtout, ils ont amorcé la commercialisation à outrance de l'événement, avec comme symbole principal le prix exorbitant des droits télévisés. 

C'est le début de la guerre médiatique pour la diffusion du sport. Et en France, par exemple, TF1, France 2, France 3 et Canal se sont tiré la bourre pour la conquête de l'audience des retransmissions. D'autant que le spectacle sportif est au rendez-vous, y compris pour les Tricolores, avec en point d'orgue une course magnifique au stade de Montjuïc. Elle porte le dossard numéro 651. Elle a conservé sa montre au poignet, comme pour aller plus vite que sa trotteuse. Elle est au couloir numéro 5.

Michael Jordan, Magic Johnson et Clyde Drexler
Michael Jordan, Magic Johnson et Clyde Drexler © Getty

48"85

Aujourd'hui, dans l'inconscient collectif français, cette course extraordinaire de Marie-José Pérec n'est pas qu'une prouesse sportive. 

Elle possède en elle la puissance et la vertu du souvenir, c'est à dire que dans nos esprits, cette course dégage un parfum d'été et d'insouciance. Elle idéalise sans doute le temps passé. Elle fait écran avec le réel de l'époque. Elle gomme les aspérités. Peut-être même qu'elle nous ment. Et alors ? Cette course a quelque chose en elle du temps perdu. Elle est mélancolique, comme d'ailleurs l'ensemble des souvenirs liés à ces Jeux Olympiques de 1992.

Marie-José Pérec, la fille de Basse-Terre, en Guadeloupe. Cette France de l'outre-mer qui fait rayonner la République sur la Terre tout entière. Marie-José Pérec, la basketteuse du Cygne Noir, n'est arrivée sur la piste qu'assez tard dans sa jeunesse. Marie-José Pérec était à Séoul en 1988. Elle avait atteint les quarts de finale du 200 mètres et quatre ans plus tard, la revoilà championne sur le tartan catalan.

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.
Gérer mes choix

Pourquoi Marie-José Pérec est elle resté dans le cœur des Français? 

Ses performances sportives hors-normes n'expliquent pas tout. Elle incarne peut-être en effet, une époque qui nous semble si douce, vue d'ici et d'ailleurs. À peine quatre ans plus tard, aux J.O. D'Atlanta, aux Etats-Unis, ce n'était déjà plus du tout la même chose. Certes, Marie-José Pérec a empoché deux titres olympiques supplémentaires à ces J.O. D'Atlanta, à nouveau le 400 mètres et le 200 mètres, une prouesse inouïe. Mais en 1996, ce furent aussi les jeux de la gabegie, les jeux du pognon, des Jeux frappés par un attentat d'extrême-faisant deux morts et des dizaines de blessés. 

Mauvais augure d'un monde fracturé à venir, des jeux vendus à Coca et Mac Donald's, des jeux qui sonnaient soudain comme la mue d'une mondialisation beaucoup plus agressive que prévue. 

La prémonition de Kissinger

En écho à ces Jeux Olympiques de Barcelone, magnifiques à plus d'un titre, mais sans doute aujourd'hui un peu idéalisés, remontons deux ans plus tôt, en 1990, à la Coupe du monde de football en Italie. Dans les coursives des stades de Rome, de Naples ou de Florence, on croisait régulièrement un spectateur hors du commun. L'ancien secrétaire d'État américain Henry Kissinger, Allemand de naissance de confession juive, né en 1923, il a fui le Reich nazi avec sa famille quand il était encore adolescent. Et en 1990, il est en Europe comme chroniqueur de cette Coupe du monde de football pour le Los Angeles Times.

Dans son édito du 1er juillet, après la défaite de la Yougoslavie contre l'Argentine de Maradona en quart de finale, Kissinger a écrit dans son journal :

Ce Mondial signe à mes yeux le retour du nationalisme en Europe. 

Personne ne peut nier, trente ans plus tard, que Kissinger avait sans doute entraperçu quelque chose de vrai dans les stades de football de la péninsule italienne. Et peut être que les Jeux Olympiques de Barcelone étaient une contre-proposition à cet horizon sombre qui se dessinait, mais qu'on se refusait à voir. Un peu comme les contre-jeux de Barcelone, déjà, qui auraient dû avoir lieu en septembre 1936, pour contrecarrer les Jeux olympiques nazis organisés à Berlin... Jeux de Barcelone qui furent annulés en raison du déclenchement de la guerre civile espagnole. 

En 1992, on espérait au fond une Europe plus fraternelle, une Europe au visage radieux, oui, radieux. 

Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.