Où il est question de la star historique du cyclisme Jean Robic, vainqueur de cette 1ère édition après la Seconde Guerre mondiale...

Jean Robic
Jean Robic © Getty

Le 25 juin 1947, on étouffe sur le bitume de Paname. C’est la canicule. Mais au pied de l’Arc de Triomphe, dans une veste Teddy très chic, l’homme aux mains d’argile se tient debout, tout sourire, entouré des forçats de la route. Marcel Cerdan, impeccable d’élégance, s’apprête à lancer la 34ème édition du Tour de France.

Retour sur cette grande boucle de la convalescence, car après le fracas de la guerre, les cyclistes s’apprêtent à soulager une France pétrie de stigmates. Alors que le Tour de France 2020 aurait dû s’élancer ce week-end, eh bien voici l’histoire compensatoire.

A l’époque, pour organiser un Tour de France, on estime qu’il faut à peu près une tonne de barbaque, huit cents kilos de bananes et presque autant de sucre. A priori ce n’est pas grand-chose, or en 1947, ce sont des quantités rares et précieuses dans un pays totalement pris au piège des pénuries, car on l’oublie souvent mais les cartes de rationnement ont survécu à l’Occupation allemande, il fallait tout reconstruire. Alors on hésite, doit-on relancer malgré tout cette compétition sportive ? Eh bien le gouvernement tranche, il faut de la joie. La population est excédée, elle attend l’été et ses réjouissances, alors quoiqu’il en coûte, les vélos reprendront la route. 

Organisée par un nouveau canard, issu de la Libération, le journal L’Equipe, l’édition 1947 renoue avec la tradition, ainsi donc, après sept éditions annulées, le Tour est de retour !

Jean Robic, le trompe-la-mort

C'est le surnom donné au casse-cou Jean Robic, petit coureur breton, teigneux et grincheux, visage ingrat, taillé à la serpe. Robic a une sale gueule. Il est né en 1921, puis il a grandi à Radenac, petit village du Morbihan. Il est tout malingre, 1 m 57 pour 56 kilos. N’empêche qu’il s’est marié à Raymonde, le Robic, quatre jours seulement avant le départ de ce Tour de France. Raymonde Cornic, fille d’un cafetier de Montparnasse. Et, sur l’oreiller de la nuit noce, Jean lui a fait une confidence, 

Je suis pauvre, je n’ai aucun bien, Raymonde, mais, dans un mois, je t’offrirai le Tour de France.

On ne prend jamais assez au sérieux la promesse d’un amoureux tout frais. 

Jean Robic, vainqueur au cœur d’une France libérée et fatiguée mais tournée vers l’avenir. Jean Robic restera le souvenir de cette France d’après-guerre, il était une sorte de Monsieur Tout-le-monde, à l’image de tous ces Français, ni héros ni salop qui ont traversé l’Occupation comme ils ont pu, il fut le champion populaire d’une France en train de se réconcilier.

Jean Robic, 1921-1980, cycliste gringalet, et promesse d’un horizon possible pour tous.

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