Premiers Jeux Olympiques d'après Guerre, les Jeux de la Paix. On a demandé à Londres, cité martyre du Blitz, de relancer l’esprit olympique et d'effacer des mémoires les Jeux de Berlin de 1936. Alors que les Jeux Olympiques auraient du s'ouvrir ce week-end au Japon, en voici l'histoire compensatoire.

Micheline Ostermeyer
Micheline Ostermeyer © AFP

Sur l'affiche officielle de ces Jeux Olympiques de Londres édition 1948, se trouve en majesté le discobole, icône de la statuaire grecque. La présence de ce lanceur de disque aux formes anatomiques parfaites vient rappeler au monde que l'héritage antique appartient à l'humanisme européen, et non aux régimes fascistes qui ont été si prompts à se réclamer de cette ascendance des origines. 

Si les intentions morales de cette olympiade sont nobles, le contexte, lui, est très particulier. L'Europe est en ruine, les populations souffrent du rationnement. Les athlètes sont logés dans des casernes militaires et la presse anglaise déplore qu'on ait imposé un tel défi à cette ville, dont les priorités étaient ailleurs. 

L'affiche des Jeux Olympiques de Londres
L'affiche des Jeux Olympiques de Londres © AFP

Même si les délégations sportives sont priées d'apporter leur propre nourriture. Les Argentins viennent avec leur viande, les Italiens avec leurs pâtes. Les Français, avec leur vin : du Mouton-Rotschild. Car à l'époque, on considérait que le vin rouge avait des vertus dans le régime alimentaire du sportif tricolore. Quoi qu'il en soit, à la fin juillet, tout est prêt pour ces Jeux Olympiques qui, pour la première fois, sont télévisés. 

Ce jour-là, à Londres, aucune délégation allemande ou japonaise. Punis, les deux pays agresseurs sont interdits de Jeux Olympiques. Quant à l'URSS, n'étant pas encore affiliée aux instances olympiques, la Russie de Staline est excusée. 

Micheline Ostermeyer, la virtuose

Dans la délégation française, une jeune femme née le 23 décembre 1922 dans le Pas-de-Calais. Elle a donc 26 ans. Elle s'appelle Micheline Ostermeyer. Père alsacien, mère bretonne, métisse à la française, elle est championne de France en titre du lancer du poids. Mais depuis quelques semaines, elle a découvert une nouvelle discipline : le lancer de disque. Comme l'athlète antique sur l'affiche, voilà un mois à peine qu'elle s'y prépare. Et elle a réussi à se qualifier pour l'épreuve olympique. C'est la toute première finale de ces JO de Londres.

Micheline Ostermeyer lors de la finale du lancer de disque
Micheline Ostermeyer lors de la finale du lancer de disque © Getty

À la surprise générale Micheline Ostermeyer décroche la première médaille d'or de cette olympiade londonienne. C'est aussi la toute première Française à devenir championne olympique dans une discipline d'athlétisme. Une prouesse hors-norme pour cette jeune femme elle-même ahurie par sa performance, elle en a perdu le sommeil et elle s'inquiète parce qu'arrive l'épreuve de sa spécialité, le lancer de poids, où elle espère bien monter à nouveau sur la première marche du podium. 

Double championne olympique en trois jours 

La presse internationale commence à se pencher sur la vie de cette jeune Française hors-norme. D'autant plus que le soir de cette seconde victoire, tenez-vous bien, Micheline, austère meilleure, est attendue au Royal Albert Hall pour un récital au piano de Beethoven. Car sachez que Micheline Ostermeyer est avant tout une pianiste prodige, tombée par hasard dans le sport. 

Ce soir là, les spectateurs londoniens dans la salle diront de cette jeune athlète française virtuose qu'elle incarne à merveille ces Jeux de la paix retrouvée, en choisissant, qui plus est, d'interpréter l'oeuvre de Beethoven, compositeur allemand, comme un pied de nez à Hitler et à sa clique de tueurs sociopathes. 

Le lendemain, Micheline Ostermeyer a décroché une troisième médaille, de bronze, celle-ci, dans l'épreuve du saut en hauteur. 

La piste et le piano, le plaisir et l'effort

Allégorie soudaine d'une jeunesse européenne qui veut dévorer la vie. Enfants de France, aurait dit le général, rêvaient tous de devenir des Ostermeyer.

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Micheline Ostermeyer est née en métropole, mais elle a grandi en Tunisie, où elle a appris le solfège sur le Steinway de sa mère. Son talent est tel qu'elle débarque à Paris à l'âge de 13 ans pour intégrer le Conservatoire national de musique dans la classe de Lazare Lévy, compositeur et pédagogue extraordinaire. 

Quatre ans plus tard, la guerre éclate. Micheline rentre au Maghreb, se réfugie dans sa famille, où son père lui fait découvrir le basket et l'athlétisme. Cinq heures de piano par jour, cinq heures de sport par semaine. Elle impressionne par ses capacités. En 1941, elle joue du piano tous les soirs sur les ondes de Radio Tunis, tout en décrochant cinq titres d'athlétisme au championnat de Tunisie. 

En 1945, elle revient à Paname, où elle retrouve avec grande émotion Lazare Lévy, juif rescapé des rafles, dont l'aînée, néanmoins, est mort en déportation à Auschwitz. Lazare Lévy a mis tout son talent pour aider Micheline Ostermeyer à décrocher un premier prix au Conservatoire de musique en 1946. Un apprentissage complet où les enseignements de la musique se mêlent à la geste sportive. 

Sa carrière sportive s'est arrêtée en 1951, avec un palmarès de haute volée : Trois médailles olympiques, donc, décrochées à ces Jeux Olympiques de Londres en 1948, auxquels se sont ajoutés une médaille d'argent aux Championnats d'Europe et douze titres de championne de France. 

Micheline Ostermeyer lors d'un récital
Micheline Ostermeyer lors d'un récital © Getty

Quant au piano, elle en a joué toute sa vie. Une vie au destin cabossé par la suite, avec un époux emporté trop tôt par un cancer foudroyant en 1956 et un fils assassiné en 1990. Micheline Ostermeyer s'est réfugiée dans la musique jusqu'à la toute fin. Son dernier récital a eu lieu à Montpellier à l'automne 2000, quelques mois seulement avant sa mort, en octobre 2001, à l'âge de 78 ans. 

Elle a dû cependant attendre 1992 pour devenir chevalière de la Légion d'honneur, une décoration républicaine tardive, bien tardive au regard de son parcours extraordinaire. 

In Memoriam, Micheline Ostermeier, 1922-2001. Une certaine idée de la France au cœur de l'Europe. 

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