Il n’y a qu’une signature dans le carnet de correspondance, celle de maman, la deuxième ce sera plus tard ou pas du tout. C’est le cas d’un enfant sur cinq lors de cette rentrée. Par Cécile Duflot

Pourquoi oublie-t-on les millions de familles monoparentales souvent tenues par des femmes
Pourquoi oublie-t-on les millions de familles monoparentales souvent tenues par des femmes © Getty / Catherine Falls Commercial

Cela a un nom sociologique : les familles monoparentales. Ça ne veut d’ailleurs pas toujours dire que l’autre parent est totalement absent dans la vie de l’enfant mais il n’est pas là au quotidien. Il arrive aussi que ce parent seul soit un homme mais c’est beaucoup plus rare.

D’ailleurs si l’on ne se place pas du point de vue des enfants mais de celui des femmes le chiffre est assez fou : une femme sur 3 fera dans sa vie l’expérience d’être seule en charge de ses enfants au quotidien.  C’est une expérience enrichissante c’est sûr (oui mes chatons je pense à vous, vous êtes merveilleux) mais aussi souvent compliqué. C’est donc courant et ça augmente, l’INSEE vient de sortir une note sur les familles qui le montre.

C’est courant, ça augmente et pourtant c’est un impensé du débat politique... 

Oui, on va beaucoup parler de sujets très divers, de sujets, même mineurs, mais de celui-là qui intéresse des millions de personnes. Rien, nada, c'est certain. On aura des sujets sur les femmes, mais surtout sur leurs fringues : crop-top, burkinis. On a eu les prénoms la semaine dernière, donc normalement, on ne va pas y couper. 

Une femme sur trois qui vit cette expérience, c'est majeur et ça a des conséquences importantes sur leur vie. Une conséquence majeure : l'appauvrissement. On sait que les femmes ont souvent des emplois moins bien payés que pour le même niveau de qualification. Leur salaire est inférieur, donc ça loupe pas, les familles monoparentales sont plus pauvres que les autres familles. Elles ont aussi des logements plus petits. Elles partent moins en vacances. Les femmes portent seules les tâches ménagères, le soin des enfants et leur travail. Mais il y aussi des conséquences sur l'avenir de leurs enfants. Ils poursuivent moins souvent leurs études. Et comme si cela ne suffisait pas, les femmes ont aussi plus subi les conséquences économiques de la crise sanitaire. 

Pourquoi ça n'intéresse pas ? 

D'abord parce que, justement, une histoire de gonzesse et de mômes, c'est pas régalien. Donc c'est moins chic d'en parler pour un candidat. Ensuite, peut-être plus grave parce qu'il y a une sale mémoire de la société. Pendant longtemps, on pensait qu'une femme chef de famille seule, donc, puisque s'il y avait eu un homme, elle n'aurait pas été cheffe de famille, que cette situation-là était une déviance, un héritage de l'abominable terme de filles-mères qui a charrié tant de drames et blessé injustement tant de femmes. 

D'ailleurs, ce sont des féministes qui ont inventé le terme "monoparental" pour normaliser cette réalité et la dégenrer aussi. Mais les faits sont têtus. Ce sont les femmes qui se retrouvent le plus souvent dans cette situation. Alors, au-delà des formules et des mains sur le cœur féministe, il faut des actes et donc du débat : aide ciblée, garde d'enfants adaptés, réseau de soutien. Le spectre des politiques publiques possibles est large. Il ne manque qu'une chose, en fait la volonté.