Voici le nouvel album de Christine Salem, originaire des Camélias, un quartier modeste de Saint-Denis de la Réunion. Un opus qu’elle a intitulé « Salem tradition » en hommage à son premier groupe qu’elle a dirigé pendant dix ans, mais qui est aussi une ouverture vers de nouvelles sonorités.

La voix de Christine Salem est comme une prière qui surgit des tréfonds de la terre et qui se déploie comme une fée conductrice vers des contrées où l’extase et la transe s’enroulent souvent autour de préoccupations plus sociales et politiques.

Extrait de « Komor blues »

Christine Salem, c’est la voix de l’émotion qu’elle réveille le plus souvent du côté de la colère. Christine Salem c’est le lien spirituel avec la voix des ancêtres, dans ce pays maloya où les morts poursuivent leur dialogue avec les vivants. Musique saisissante, possédée, cathartique, rebelle, Christine Salem incarne avec fièvre son chant incantatoire.

Extrait de « Alouwé »

L’album s’intitule « Salem Tradition » parce qu’il ne pourrait pas en être autrement puisqu’à La Réunion, faire chanter la terre et ses plus vieilles histoires, c’est honorer la vérité et surtout garder tous les sens en éveil. On a souvent la sensation que souvent c’est une voix d’homme qui vient chevaucher la sensibilité féminine et féministe de Christine Salem. Ce n’est pas un jeu d’identité ou une question de genre. Plutôt le souvenir toujours vivace d’une époque où les femmes n’avaient pas le droit de se lever pour chanter la colère d’une terre creusée de tous les métissages et qui portent les stigmates de siècles d’esclavage. Mais Christine Salem artiste libre, regarde aussi vers demain qui se dessine à travers sa collaboration avec le groupe Moriarty…

Extrait de « Mikonépa »

Cette rencontre ressemble à l’invention d’un autre idiome pour Christine Salem qui depuis qu’elle chante ne cesse d’inventer sa propre langue, figure tressée où les onomatopées culbutent le créole, l’arabe, la langue malgache et le swahili. Voici donc la grande réunion de deux sensibilités qui font chanter les âmes errantes.

Extrait de « Sakalav »

Christine Salem est née un 20 décembre, jour anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion. Elle porte cet héritage comme un étendard mais le transcende à travers chacun de ses disques pour parvenir à gagner un autre combat. Dédiaboliser cette belle et grande culture mystique souterraine, protéger les forces de l’invisible et parvenir à venger les sorcières de la terre qui savent guérir par leur chant.

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