Hommage à Daniel Darc, mort hier à l’âge de 53 ans. Leader du mythique groupe Taxi Girl, puis chanteur en solo dès la fin des années 80, il était une figure héroïque de l’histoire du rock français. Vous l’aviez rencontré et interviewé à de nombreuses reprises.

Extrait de « Cherchez le garçon »

On aura passé finalement toute sa vie à chercher le garçon qui était en lui, ou plus précisément les multitudes de garçons qui surgissaient au gré de ses vies, pleines de bosses et de plaies qui ont fait de lui un survivant magnifique. Daniel Darc était si attachant et si prodigieusement talentueux qu’il m’est difficile de parler de lui ce matin. Des images se ramassent pourtant à la pelle. Cette dégaine agitée d’un garçon sauvage d’une beauté vénéneuse devenue celle d’un cow-boy harassé. Cette façon de vivre vite, de parler de l’amour comme de la mort, et puis cette douceur étrange dans un regard malgré tout effrayé, comme celui de tous ceux qui sont revenus de tout et qui n’ont d’autres armes que leur propre lucidité.

Extrait de « Inutile et hors d’usage »

Daniel Darc s’est forgé un destin en volant les numéros du magazine rock « Best » au kiosque à journaux de la place Blanche, à Paris, avant d’ensemencer de sa graine de violence une mythologie peuplée d’itinéraires en zig zag comme ceux d’Elvis, Ginsberg, Kerouac, ou son héros de toujours, John Coltrane, l’archange d’une rédemption magnifique à travers « a love supreme ». A love supreme, cela signifie que c’est la musique qui sauve toujours du précipice. Le jour où Daniel Darc a réalisé qu’il était finalement vivant bien plus que survivant, il est donc né une dernière fois, fasciné qu’il fut alors par le parcours des grands mystiques.

Extrait de « Soit sanctifié »

Crève cœur, oui c’est un crève cœur que de réaliser que Daniel Darc a finalement rejoint les entrailles de l’abîme dont il n’était qu’un « passanger », contaminé au bout du compte par une rage de vivre inattendue. Cette rage qui faisait du bien lorsqu’il chantait « je suis né en mai, c’est moi le printemps ». Daniel Darc savait aussi s’y prendre pour séduire comme un enfant malicieux. Joyeux rat des villes aussi parfois qui eut avec Paris une relation tumultueuse mais si cruellement entière.

Extrait de « La ville »

Daniel Darc était un danseur de l’extrême, chorégraphiant sa vie au jour le jour, remerciant chaque jour le mouvement punk d’avoir contribué à sa culture comme à ses déviances. Daniel Darc avait chanté Nijinski, un clown de dieu qui le fascinait. C’était une de ses plus belles chansons.

Extrait de « Nijinski »

Lors d’une interview qu’il m’avait consacrée pour Arte, il avait scotché sur le blouson que je portais ce jour là. Lui portait une veste qu’il disait avoir empruntée à Gainsbourg ou Nick Cave. Dans un geste dadaïste qui n’appartenait qu’à lui, nous les avons échangées. J’ai depuis cette veste précieuse qu’il n’avait jamais retournée. Je la garde depuis comme le témoignage de celui qui n’arrêtait pas de dire « je suis un fugitif, il faut se dépêcher ».

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