C’est le retour du groupe Tinariwen avec un cinquième album intitulé « Tassili », du nom de cette région saharienne montagneuse au sud-est de l’Algérie, à quelques kilomètres à vol d’oiseau de la frontière Libyenne. Tinariwen qui signifie en langue Touareg, « les déserts » opère avec ce disque à un retour aux sources du blues.

Extrait de « Wall illa »

Voici donc le blues du désert, des dunes et surtout l’âme du peuple Touareg. Tinariwen est une sorte de collectif à géométrie variable, symbole à la fois de la valorisation de la culture Touareg mais aussi de son développement à travers des rencontres avec d’autres musiciens venus notamment de l’occident. Dans ce disque ce sont le chanteur et le guitariste du groupe new yorkais TV on the radio qui posent leurs voix sur un titre qui exprime l’humilité que l’on doit avoir face à l’aridité du desert.

Extrait de « Tenere Taqhim tossam »

Au commencement de l’histoire le groupe Tinariwen exprime l’amour de cette région qui ressemble à un paysage lunaire que les populations nomades n’ont cessé d’imprégner par leurs combats contre la répression, mais aussi par la danse, leurs prières et leurs chants. Tinariwen a posé cette fois sa caravane itinérante dans les dunes de cette vallée rocailleuse de Djanet. Le groupe qui s’était illustré par sa volonté d’électrifier sa musique, a voulu opérer un retour aux sources vers la pureté du blues acoustique, construit sur une succession de litanies hypnotiques, de psalmodies contemplatives qui traduisent avec une splendide évidence ce sentiment d’unité dont se nourrissent ces peuples nomades pour résister à la tentation de dilution.

Extrait de « Asuf d’Alwa »

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Le nouveau disque a été enregistré la nuit, à ciel ouvert, avec le feu et les étoiles pour seuls témoins dans ce désert qu’il a fallu transformer en studio improvisé, électrisant la dune en tirant des centaines de mètres de câbles. Dans cette partie du désert, les conditions climatiques de nuit sont extrêmes, le froid polaire succède à une chaleur suffocante. Toute cette énergie climatique et géographique se perçoit à l’écoute de ces 12 titres éblouissants, sans comprendre le sens exact de la langue des touareg, le tamasheq. Oui le langage de cette musique est bien universel.

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Extrait de « Imidiwan Ma tenam »

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L’album a été enregistré au moment où les révolutions arabes ont éclaté. En repli par rapport aux fracas du monde, le groupe Tinariwen assume aussi de ne pas se soumettre au diktat des progrès technologiques. Comme le dit le bassiste du groupe, dans une interview aux Inrockuptibles : « Nous on n’a pas le GPS, on a les étoiles. Le monde vole dans les avions, nous on est encore à pied ». Le disque des Tinariwen nous rappelle que la lenteur chère à Kundera c'est l'exigence de la beauté mais aussi celle de la mémoire.

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