Ce matin, et pour terminer la semaine, hommage au chanteur Allain Leprest qui s’est donné la mort le 15 août dernier à Antraigues, le village de Jean Ferrat, avec lequel Leprest avait entretenu une relation forte.

Extrait « Le chagrin »

Le suicide d’Allain Leprest en plein cœur de l’été, c’est une tonne de chagrin qui reste accroché à la gorge de tous ceux qui ont aimé ce vagabond désaxé, si mal assis dans son époque et qui fut l’un des plus beau serviteur de la langue française. Une langue de chez nous qu’il déployait pour embellir la chanson, cet art mineur aux vertus majeures. Ce natif du cotentin, semblait avoir été ensemencé par la poésie de Léo Ferré et celle de Jean Roger Caussimon. Lyrique, incandescent, rebelle plus qu’indiscipliné, Allain Leprest a fait de sa vie une œuvre d’art pleine de vertiges, d’errances, de convictions citoyennes avec ce besoin irrépressible de faire don au public de sa fragilité à travers la navigation de son bateau ivre. Jean D’Ormesson dira de lui un jour sur France Inter « Allain Leprest, c’est le Rimbaud du 20ème siècle ». Les artistes furent très nombreux à vouloir devenir les humbles serviteurs de cette poésie enfiévrée de Gréco à Nougaro en passant par Adamo Jacques Higelin ou Clarika

Extrait « Les tilleuls» par Clarika

Jeune, Allain Leprest ressemblait à ces hommes de passage qui hante le théâtre de Koltès. Avec l’âge, les ravages du temps et de la maladie avaient transformé son visage en parchemin, celle d’une vie où comme le disait Léo Ferré « le bonheur c’est le chagrin qui se repose ». La vie et l’œuvre de Leprest semblait respirer sous une météo capricieuse : Beau temps mais orageux en fin de journée. Beau temps, lorsque les mots fusaient et chantaient, orageux lorsque l’amour avait des nœuds dans sa mise en plis comme il l’écrivit dans « il pleut sur la mer ». La poésie de Leprest était imprégnée de la vitalité de la rue, de la brutalité du sentiment amoureux, de la joyeuse mélancolie des brèves de comptoirs qui parfois s’évaporent en tragédie humaine.

Extrait « Êtes-vous là ? » en duo avec Olivia Ruiz

Chez les admirateurs d’Allain Leprest, il y a comme un parfum de ressentiments acides vis-à-vis de nous, en particulier France Inter, notre radio à qui l’on reproche d’avoir joué le rôle de la grande muette au lendemain de sa disparition. C’est sûrement un peu vrai. Comme il est aussi vrai que les chansons ont ce privilège de pouvoir être éternelles, contrairement à leur créateur. Leprest disait qu’il donnait un peu de sa chair dans chacune de ses chansons. Il nous restera donc beaucoup de lui et de son incarnation. Quant au chagrin écoutons les mots de Leprest :__« Eteignez en sortant, et ne me plaignez pas, Plaignez plutôt celui que n'a jamais étreint Le chagrin Le chagrin »

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