Ce matin vous nous présentez l’album du prince de la musique malienne, Salif Keita. Un album qui marque un virage artistique grâce à des arrangements issus des musiques électroniques.

C’est l’histoire d’une rencontre. Celle du sage Salif Keita avec le sorcier du son Philippe Cohen Solal, tête chercheuse de Gotan Project. Une alliance qui s’assume contre nature, surtout lorsqu’on connaît le purisme de Salif Keita qui a toujours fait de la musique pour élever les consciences et tenter de faire bouger le monde. Avec ce disque, ce sont les pieds qui parlent, et la rébellion vient de la danse au moment où son pays traverse une crise politique sans précédent.

Extrait de « C’est bon, c’est bon »

Cette rencontre du troisième type a trouvé le bon équilibre dans les nuits chaudes de Bamako, au studio Moffou. A 63 ans, Salif Keita cherche à renouer avec la légèreté et une forme d’insouciance qui peut ressembler à celle d’un débutant qui n’a pas encore peur du regard et du jugement des autres. Salif Keita est déterminé artistiquement jusqu’à proclamer que pour évoluer, il faut savoir se trahir. Mais les invités qui viennent illuminer le disque montrent plutôt son besoin d’être secoué pour se réinventer. A l’image de cette collaboration avec Bobby McFerrin, à la beat box entamant sur un titre un dialogue avec Salif Keita.

Extrait de « Simby »

La tonalité dansante de ce disque semble aussi une sorte de réponse inconsciente à la situation que traverse le Mali, pays de Salif Keita. Comme si la désillusion citoyenne vis-à-vis du politique encourageait la mise à l’écart volontaire et le besoin d’exprimer la rage par le corps. La danse comme moyen de s’émanciper, de briser les barrières entre les classes sociales, d’espérer des élections justes, est rattrapée par la quête de l’émotion pure. Renouer avec le blues du Mali en compagnie d’Esperanza Spalding dans une chanson qui rend hommage aux jeunes filles qui quittent le foyer pour se marier.

Extrait de « Chérie s’en va »

La fièvre du samedi soir monte chez Salif Keita, toujours appréhendé comme un patriarche sage. En choisissant la danse pour chanter, Salif Keita a finalement fait le choix de se battre contre l’ordre établi. En annonçant que c’était probablement son dernier album avant une retraite pour se lancer dans l’agriculture bio, Salif Keita donne à sa dernière danse de l’esprit et du sens.

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