Vous nous présentez ce matin le premier album du groupe Daughter, un trio composé d’une chanteuse d’origine anglaise, d’un guitariste et producteur Suisse et d’un batteur français. Une formation très européenne donc, pour une musique qui ne l’est pas moins.

L’Europe tant décriée ou méprisée, elle est bien là dans ce disque à la fois ombrageux et solaire, naturellement fier de s’inscrire dans une histoire et un héritage, celui des disques du label 4 AD où les fleurons du rock et de la pop extatique s’appelaient entre autres merveilles Cocteau Twins ou Dead Can Dance. Il fait aussi partie des albums qui se méritent, qui vous obligent à venir à lui. Très loin du diktat de la hype ou de la rumeur twittée. Ceci explique cela. L’album est sorti en mars dernier et ce n’est qu’aujourd’hui que j’ai le plaisir de vous le faire partager.

Extrait de « Smother »

Au cœur de ces 10 chansons magnétiques il y a d’abord la voix d’Elena Tonra, qui se pose partout avec la délicatesse d’une présence qui ne s’impose pas. On dirait un nuage percé par les rayons d’un soleil matinal. La vie musicale de cette élégante chanteuse, également auteur de toutes les chansons, a basculé le jour où son père lui fit découvrir l’unique album de Jeff Buckley. Comme pour beaucoup de musiciens, il y aura un avant et un après ce disque. La suite s’écrit pour elle avec sa rencontre à la North London Music Academy fin 2010 avec Igor Haefeli passionné par la musique électronique qu’il conçoit comme un styliste aurait absolument besoin de renouer avec des tissus et des matières très nobles pour épouser les formes variables d’une voix fugitive.

Extrait de « Lifeforms »

Il y a aussi ces arpèges de guitares nouées, parfois jouées à l’archet qui viennent se confondre avec les nappes atmosphériques et le jeu subtil d’un batteur totalement dénué d’ego, ce qui est rare. Les mélodies sont sinueuses, et il ne faut pas avoir peur de s’y perdre pour en saisir toute la beauté. Une fois installé dans ce disque, on ne le quitte plus. Comme au meilleur du groupe Everything but the girl.

Extrait de « Still »

Ecoutons encore le groupe parler de la voix d’Elena : « son chant est un phare, il est toujours là, il se tient toujours en place et quoi qu’il lui arrive, il ne bougera pas, mais parfois, les vagues le submergent pendant une fraction de seconde et c’est là que les lignes deviennent floues, tu n’es pas sûr d’entendre à nouveau la voix, et alors elle revient… » Fin de citation. Oui, le disque a réussi à vous posséder. C’est tout le mal que je vous souhaite pour ce week-end enfin estival.

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