Le nouvel album de Jean-Louis Murat, sorti le 27 septembre dernier, s’intitule « Grand Lièvre ».

Rien ne sert de courir, il faut chanter à point. Ce « Grand lièvre » est un grand disque. Evacuons tout de suite la forêt médiatique, qui se dresse, réjouie, dès lors que Murat endosse le rôle du sniper idéal pour rentabiliser sa promo en considérations acerbes d’une sève anticonformiste sur le monde politique ou la chanson française. Cachant trop souvent la petite musique intime de ce troubadour inquiet et schizophrène.

Extrait de « Je voudrais me perdre de vue »

Chanson sans concession, qui dessine un autoportrait en forme de confession, accentuant le propos individualiste de celui qui se sent contraint de travailler son ouvrage pour être performant. La main de Dieu, celle qui dicte l’inspiration, la création, ou le génie n’a pas ses quartiers chez Murat laboureur de sillons. Il s’est toujours imposé comme un artisan, isolé et résistant, dans une époque où la chanson s’est industrialisée. Deux ans après son escapade à Nashville, Jean-Louis Murat, chanteur productif par nécessité, a ralenti son rythme naturel d’un album par an, pour ne pas faire prendre le risque à ses propres chansons d’être assimilées à ce que lui même appelle « le bruit de fond ». Alors Murat a remis les compteurs à zéro et nous rappelle que la mémoire est essentielle, comme un trésor que l’on se doit de protéger. Chanteur, c’est être passeur de sensations. Alors pour lutter contre la perte du souvenir, il écrit des chansons et fait de la guerre 14/18 un thème d’inspiration d’aujourd’hui.

Extrait de « Sans pitié pour le cheval »

Jean-Louis Murat est un grand chanteur. Voix mouillée de soul et sucrée de sucs acides et sauvages. C’est aussi un grand musicien qui donne du relief à ses mélodies en faux plat, grâce à une rythmique au cordeau et à un travail constant sur les chœurs qui donnent de l’écho à ses chansons, couvant leur lave comme les volcans éteints de son Auvergne natale. Héritier d’une lignée de paysans, l’auvergnat n’a de cesse de déplorer la désertification des campagnes, sans pourtant devenir écologiste ou bovéiste.

Extrait de « Vendre les près »

Sentimental qui ne s’ignore pas, Murat, 60 ans, cumule les blocs de noblesse intellectuelle. Ainsi avec lui, le cinéma de Tarkovski peut se conjuguer aux frissons populaires de la mémoire du tour de France. Si le tropisme du chevalier errant Murat est bien la paysannerie, sa vitalité vient de son statut de troubadour qui résiste à son époque.

« Chanter est ma façon d'être au monde Chanter est ma façon d'aimer Chanter est ma façon d'être nu Chanter est ma façon d'errer »

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