Ce matin vous nous présentez le troisième album de Anaïs dont le titre « À l’eau de javel » est un clin d’œil, puisqu’il passe à la machine des chansons du répertoire réaliste. C’est aussi un hommage aux grandes chanteuses d’avant guerre.

Extrait de « Sombreros et mantilles »

Cette chanson de 1938 offrira la gloire à Rina Ketty, une chanteuse française d’origine italienne qui fut l’une des éclaireuses pour imposer dans la chanson française la mode persistante jusqu’à la fin des années 50 des chanteuses dites exotiques. Réviser son histoire de France des chansons populaires n’est pas le seul mérite d’Anaïs, dont on connaît depuis la popularisation de son cheap show en 2005, sa capacité fantaisiste, et sa propension marquée à faire exister une chanson déviante. C’est donc ce qu’elle s’est décidée à faire dans ce nouveau disque en forme d’exercice de style composé de 13 reprises qui montrent qu’en terme d’audace et de provocation les chanteuses d’alors n’avaient pas froid aux yeux.

Extrait de « le tango stupéfiant »

Ce classique de Marie Dubas de 1928 reste un chef d’œuvre du genre. La mise en scène d’une amoureuse contrainte à la toxicomanie qui finit par se piquer à l’eau de javel pour oublier celui qu’elle aime. Marie Dubas était une interprète, drôle, irrespectueuse, déchirante.__ « Une femme belle comme un tison qui compose une chanson avec une lucidité de peintre ardent et patient », disait Colette. Et qui fut la première source d’inspiration d’une certaine Edith Piaf que Anaïs reprend à son tour de façon très personnelle.

Extrait de « Mon dieu »

Anaïs s’amuse comme toujours. Elle amadoue ces chansons sans déférence mais leur redonne au moins une vitalité qui nous montre d’où nous chantons. Elle montre qu’elle a toujours un vrai talent d’imitatrice, et qu’elle cherche aussi à transformer ces chansons du répertoire comme si elles étaient originales. Comme en témoigne ce duo délicieux avec Nathaniel Fregoso pour cette chanson initialement interprétée par Arletty et Louis Jouvet en 1933…

Extrait de « Et le reste »

Voici un vrai disque de crise. Bancal, pas poseur et insolent. Même s’il l’on peut regretter de retrouver Anaïs sur un registre de reprises dès son troisième disque, c’est un réel bonheur de renouer avec son plaisir jouissif de l’interprétation, sur ces chansons qui montrent que l’audace et les interdits étaient précisément avant guerre les remèdes à la crise.

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