Voici le nouvel album de la chanteuse de jazz d’origine albanaise Elina Duni. En formation quartet, elle rend hommage à son pays natal dans un disque de 12 chansons intitulé « Matanë Malit », ce qui signifie « au-delà des montagnes ».

Oui, et c’est bien au-delà des montagnes que nous transporte ce disque qui semble parfois tutoyer les anges. Elina Duni, née à Tirana en Albanie en 1981, fait ici œuvre de réconciliation avec ses racines et un répertoire folklorique qui avait été saisi par le régime communiste pour être la bande son d’une propagande permanente. La voix d’Elina Duni fait en toute liberté ce travail - magnifique et imposant à la fois - de réincarnation.

Extrait de « Kjani Trima »

Il y a la voix D’Elina Duni mais il y a aussi ce que ses trois musiciens qui l’accompagnent font avec elle. Un enveloppement subtil, rythmique et impressionniste qui est tenue par une humilité sidérante au service de la voix d’Elina Duni. Une exploration mystique de la vitalité de cette poésie traditionnelle qui fut un temps déracinée de sa propre liberté. C’est la langue de l’enfance, devenue celle de l’arrachement, de la fuite qui reprend aujourd’hui une vitalité militante contre toute forme d’autoritarisme.

Extrait de « Cobankat »

Au travers de l’identité complexe des Balkans, Elina Duni nous transporte au cœur de ces chants qui parlent beaucoup d’héroïsme, de transhumance, d’exil mais aussi et surtout d’amour. C’est un don d’abandon qui envahit soudainement la pièce lorsque la voix d’Elina Duni fait chanter son cœur avec les traces de la mémoire du cœur de son pays.

Extrait de«Unë Ty Moj »

Si cet album est si émouvant c’est aussi parce qu’il opère la rencontre entre l’amour du jazz, musique de l’émancipation avec l’impérieuse nécessité de renouer avec une certaine forme d’intégrité. La voix des oubliés devient la voix de la dignité.

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